Mercato: Et si les transferts disparaissaient?

R.S.

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Le joueur de l'OM Foued Kadir, lors de sa présentation à Marseille le 3 janvier 2013.
Le joueur de l'OM Foued Kadir, lors de sa présentation à Marseille le 3 janvier 2013. — B.Horvat/AFP

A l’heure où les portables des agents surchauffent, où les clubs alignent les millions sur le carnet de chèque et où la presse sportive regorge de rumeurs, le syndicat international des joueurs s’est lancé dans une croisade anti mercato qui pourrait révolutionner le marché actuel. Représentée par Philippe Piat, la Fifpro rêve désormais d’un monde sans transfert. En clair, un monde où les joueurs ne pourraient quitter leur club avant la fin de leur contrat, où Lionel Messi vaudrait autant que Benjamin Nivet (0 euro en l’occurrence) et où Xavier Gravelaine n’aurait pu visiter toute la France pendant sa carrière.

Pour la Fifpro, l’objectif est avant tout de protéger les joueurs, bloqués par des indemnités de départ élevées. Les clubs sont aussi accusés de retenir leurs joueurs en prolongeant leur contrat pour mieux les revendre. Enfin les transferts seraient aussi responsables de l’inflation qui nuit à la santé financière des clubs. Pour réformer ce système, une plainte devrait être déposée prochainement devant la commission européenne par le syndicat. Même la ministre des Sports, Valérie Fourneyron a défendu l’idée à plusieurs reprises.

«Si les clubs se cassent tous la gueule et ne peuvent plus assumer les salaires…»

En attendant, elle fait bien sourire Bruno Satin, l’un des agents français. «Il y a assez peu de chances que ça aboutisse malgré tout le talent de notre ami Philippe Piat, assez bon dans le lobbying.» Pour lui, le système actuel ne lèse pas forcément les joueurs. «D’abord, les joueurs vendus très chers bénéficient de conditions relativement confortables. Et puis cela permet à des joueurs d’avoir un emploi garanti en étant sous contrat. Si cela disparait, il y aurait beaucoup plus de gens au chômage ou dans une situation plus précaire.»

Si les transferts sont au foot ce que l’huile est au thon, c’est aussi pour entretenir une économie basée sur le «trading de joueurs», enchaîne Jean-Pierre Caillot. Le président de Reims comprend la vision de Philippe Piat, mais n’imagine pas le football vivre une révolution qui mettrait en péril la santé des clubs dont la revente de joueurs est le principal gagne-pain. «Si les clubs se cassent tous la gueule et ne peuvent plus assumer les salaires, c’est un système pervers, effectivement, mais en même temps, ce sont les joueurs qui profitent de cette inflation.» En cas d’interdiction de mouvement de joueurs avant l’échéance de leur contrat, le marché du football pourrait ressembler à celui du rugby. Avec en corolaire une hausse grandissante des salaires puisque les clubs n’auraient plus d’indemnités de transfert à débourser. Après tout, si cela permet d’avoir deux clubs français en finale de Coupe d’Europe...