David Garcia: «José Anigo est plus un Machiavel qu’un idiot»
INTERVIEW – Le journaliste est l’auteur d’«Histoire secrète de l’OM», dans lequel il évoque notamment le rôle de José Anigo au sein du club…Propos recueillis par Thibault Vielle
Petite chemise d’été, lunettes de soleil vissées sur le crâne et grand sourire aux lèvres, l’auteur d’«Histoire secrète de l’OM» (Flammarion) affiche une décontraction déconcertante dans les rues de Marseille. David Garcia assure qu’il n’a «subi aucune pression» au cours de son enquête méticuleuse sur les coulisses du club le plus populaire de France, l’Olympique de Marseille. Interview.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire un livre sur l’Olympique de Marseille?
Je rêvais d’être journaliste de sport mais je ne l’ai pas fait parce que j’avais peur de finir comme Gérard Holtz, à savoir être un gentil animateur qui passe les plats (rires). Mais finalement ça m’a rattrapé. Après avoir écrit sur L’Equipe et Lance Armstrong, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas assez d’enquêtes faites sur le sport business, même sur des sujets extrêmement médiatiques comme l’OM.
Pourquoi avoir accordé tant de place dans votre enquête à José Anigo, le directeur sportif de l’OM?
C’est un livre sur les quinze dernières années et José Anigo est le personnage marseillais qui a le plus d’ancienneté à l’OM. C’est le fil rouge du club. Il a déjà été l’objet de plusieurs articles certes, mais il gagne à être mieux connu, à avoir un portrait un peu plus fouillé. Pour se maintenir dans un club comme l’OM aussi longtemps, il faut être intelligent, habile et fin technicien. Il joue de son côté un peu viril et brutal, mais c’est plus un Machiavel qu’un idiot... Et puis l’actualité est réelle sur lui après les informations judiciaires, il y a des écoutes le concernant.
Dans votre livre, vous révélez qu’il aurait dit: «Il faut faire cracher le cancéreux» au moment de la maladie de Robert Louis-Dreyfus. Vous a-t-il attaqué en justice pour cette phrase choc, comme il l’a assuré?
Ce n’est pas une phrase choc, c’est juste que José Anigo veut occulter son image, c’est uniquement pour cela que ça devient une phrase choc. Quand on y réfléchit bien, est-ce que c’est si grave que ça? On a quelqu’un qui est sur le point se faire virer et qui veut gagner un peu plus d’argent... Pour moi, ce n’est pas scandaleux!
Vous évoquez aussi longuement l’influence du «milieu» sur le club. Avez-vous reçu des menaces?
On m’a demandé si j’avais peur après la publication de mon livre... Ben non, je suis à Marseille, je peux me balader sur le Vieux-Port. Je ne suis pas au courant de plaintes ou poursuites par rapport à mon livre. Il y a beaucoup de fantasmes autour de l’OM et de la mafia. Je n’ai pas reçu de pression, on peut travailler sur l’OM sans problème.
A quelles difficultés avez-vous été confronté lors de l’élaboration de votre livre?
J’ai mis plusieurs mois à rentrer dans cet univers passionnant. A recouper toutes les informations, notamment. La seule personne qui n’a pas voulu me parler, c’est José Anigo. Il n’a jamais répondu, le service de presse m’a répondu qu’il ne souhaitait pas répondre à mes questions, il est bien le seul... Sinon, les supporters de l’OM sont très difficiles à infiltrer aussi. Leurs comptes sont très opaques, ils ne paient pas la TVA alors que c’est une prestation commerciale, l’Etat ne leur demande rien... Le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, n’aime pas leur chercher des poux, apparemment.
Finalement, les grands absents du livre sont les joueurs...
Les joueurs ne parlent pas, c’est vrai. Maintenant, ils sont soit consultants, soit trop proches de la direction actuelle. Il y a une impunité autour d’eux. Christophe Dugarry m’a dit que ça ne l'intéressait pas, c’est normal, son transfert à l’OM était frauduleux... José Delfim [milieu de terrain portugais de l’OM de 2001 à 2006] a été le seul à tenir tête à José Anigo. Même Vincent Labrune, l’actuel président de l’OM, a peur de lui aujourd’hui.


















