Ligue des champions: Faut-il abolir la règle du but à l’extérieur?

Romain Baheux avec Bertrand Volpilhac
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Auteur du but contre Paris le 10 avril 2013, Pedro a qualifié le Barça pour le dernier carré de la Ligue des champions.
Auteur du but contre Paris le 10 avril 2013, Pedro a qualifié le Barça pour le dernier carré de la Ligue des champions. — JOSEP LAGO / AFP

Il faut admettre que c’est rageant. Invaincu en deux confrontations contre la meilleure équipe du monde (2-2, 1-1), le PSG a pourtant été sorti de la Ligue des champions par le Barça. La faute à la fameuse règle du but à l’extérieur qui compte double en cas d'égalité, sacro-saint principe qui rythme les rencontres européennes depuis plus de quarante ans. «Elle a été mise en œuvre en 1967 parce que les équipes à l’extérieur défendaient trop, on s’est dit qu’on allait leur donner un petit bonus pour les aider à attaquer, raconte Nicolas Scelles, co-auteur d’une étude sur l’incertitude du résultat en Ligue des champions. L’idée de départ était intelligente, le catenaccio italien se mettait en place à l’époque. Le problème c’est que cela a eu l’effet inverse. Les équipes à domiciles se sont dit «si on fait 0–0 à la maison on n’est pas si mal».»

Guy Roux: «On rêve toujours d’en mettre un à l’extérieur»

Ce principe a ainsi transformé les déplacements dans les matchs à élimination de Coupe d’Europe en un créneau où il convient de profiter au maximum de son voyage pour mettre son adversaire dans l’obligation d’attaquer au match retour. Après avoir encaissé deux buts contre le Barça au Parc des Princes, le PSG était ainsi quasiment dans l’obligation de l’emporter en Catalogne. «Le poids tactique du but à l'extérieur est devenu trop important, soulignait déjà Arsène Wenger en 2008. Cette règle favorise les équipes qui défendent bien à domicile.»

Et peut parfois prendre un aspect ridicule. En 2003, elle servit à départager le Milan AC et l’Inter Milan demi-finale de la Ligue des champions. Le Milan AC, vainqueur de la C1 cette année-là, se qualifia grâce à un nul (1-1) arraché à «l’extérieur» sur la pelouse de San Siro, qu’elle partage avec l’Inter.

Les partisans de la règle sont pourtant majoritaires. «Il ne faut pas que ça change, soutient Guy Roux, ancien entraîneur d’Auxerre. Je ne l’ai jamais ressenti comme un handicap. On rêve plutôt toujours de mettre un but quand on est à l’extérieur.» Le principe est loin d’être en danger même s’il est foncièrement discutable. «Les questions qu’il faut se poser c’est: quelle est l’utilité de la règle? Répond-elle toujours à son intérêt initial ? Y a –t-il des effets néfastes?», détaille Nicolas Scelles. Intériorisée par les footballeurs, elle n’est pas absolument pas remise en cause par l’UEFA. Et servira de juge de paix du football européen dans les années à venir.

Une règle qui a parfois alimenté des quiproquos comme lors de ce Mlada Boleslav-Marseille de 2006 où le commentateur de France Bleu Provence Avi Assouly est persuadé de la qualification de l'OM malgré la défaite (4-2) des Marseillais après leur victoire (1-0) à l'aller au Vélodrome.