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Vendée Globe: Guide du joueur du poker-menteur en mer

Vendée Globe: Guide du joueur du poker-menteur en mer

VOILELes vacations sont souvent un grand spectacle d'intox où il vaut mieux en dire le moins possible...
Antoine Maes

Antoine Maes

Communiquer, mais sans trop en dire. Tous les jours, les skippers engagés sur le Vendée Globe doivent se soumettre à cette quadrature du cercle. Lors des vacations quotidiennes, ils doivent faire parler d’eux et de leur sponsor. Sans donner trop d’indications à leurs concurrents. Cela donne souvent des situations assez cocasses, comme lundi midi, où Bertrand De Broc s’est montré évasif à une question sur sa voilure: «On ne peut pas tout dire sur les ondes», s’est-il justifié. Guide de bonne pratique de l’intox en mer avec Kito de Pavant, qui abandonné en début de course cette année.

Ne pas montrer ses faiblesses – «Aujourd’hui, quand on regarde le site du Vendée Globe, on a l’impression que tout va bien. Il n’y a aucun problème, les bateaux vont toujours à la même vitesse, et les marins sont tous heureux», s’amuse Kito de Pavant. Son constat est valable, et pour une raison majeure: un bon bluffeur ne montre jamais ses turpitudes. «Pour les bateaux de tête, c’est important de faire croire que la situation est bien en main. Et l’objectif est tout simple, comme autour d’une table de poker: «Maintenir le rythme et de mettre la pression sur les autres», raconte le skipper de Groupe Bel, l’uns de ceux qui aime le moins se prêter à ce petit manège.

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Identifier les bluffeurs – En mer, ils ne sont pas tous du même bois. Certains ont la franchise en bandoulière, comme Bernard Stamm (Cheminées-Poujoulat). «C’est sur son bateau qu’on sait le plus de choses, les emmerdes qu’il a eues», loue de Pavant. Et il y a les autres, qui s’échinent à brouiller les pistes. «Certains utilisent beaucoup l’intox. On a beaucoup connu ça avec un certain Michel Desjoyeaux», poursuit le marin héraultais. Cette fois, le professeur n’est pas en course, «mais chez les quatre autres de tête (Le Cléac’h, Gabart, Dick et Thomson, ndlr), c’est clair qu’il y a de l’esbroufe. C’est amusant. Mais de toute façon on en saura plus à l’arrivée, et on va apprendre pleins de choses. C’est juste dommage de pas les apprendre tout de suite…»

Lire le jeu de l’adversaire – Une fois qu’on a repéré les joueurs de poker régulier, il faut commencer à comprendre leur stratégie. «Sur Bel, tous les jours, il y avait un petit point sur ce qui se passait sur les autres bateaux. C’était la traduction de ce qui se disait dans les vacations officielles. Ne serait-ce qu’à l’intonation du marin, on savait si ça allait ou pas», raconte Kito de Pavant. «C’est quelque fois agaçant: quand on voit le concurrent qui fait le malin alors que sa vitesse chute, on voit qu’il y a de l’intox», explique-t-il. Et pourtant, personne ne prend le risque de se dire que le skipper devant soit va faire un petit break. «Quand il y a une avarie, c’est une info très importante. Si les bateaux de tête sont aussi rapides, c’est parce qu’ils sont quatre ou cinq à se tirer bourre», jure Kito de Pavant. Et qu’ils jouent sans doute mieux que les autres au poker.