Vendée Globe: Bienvenue dans les quarantièmes rugissants

Romain Baheux

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Raphaël Dinelli explique les dangers des quarantièmes rugissants.
Raphaël Dinelli explique les dangers des quarantièmes rugissants. — MARCEL MOCHET / FILES / AFP

Les navigateurs espagnols et britanniques l’empruntaient pour rallier l’Inde. Le trajet vers l’Est impose aux navigateurs du Vendée Globe de passer par les quarantièmes rugissants, latitudes redoutées. Durant près d’un mois, les skippers vont devoir composer avec les caprices de la mythique route vers le Cap Horn. «C’est la deuxième phase de la course qui dure un mois, explique Denis Horeau, directeur de la course. Le Vendée Globe prend une autre dimension.» Tour d’horizon des dangers des quarantièmes avec le skipper Raphaël Dinelli.

Des vents plus forts. Attention, ça souffle. Avec très peu de terre pour casser les bourrasques à ces latitudes, les quarantièmes rugissants sont très exposés aux vents. «D’un seul coup, on peut passer de 40 à 65 nœuds, raconte Dinelli. Même avec la précision des prévisions météorologiques, on peut se faire piéger dans certaines dépressions.» Les skippers doivent être constamment en alerte, prêts à adapter la voilure aux caprices du vent qui peut être très fort. D’où l’adjectif de rugissant. «C’est assez épuisant mais il n’y a pas autant de changements de vent que dans le pot-au-noir», résume Dinelli.

Une mer plus agitée. La houle va être au rendez-vous en décembre. Les quarantièmes rugissants présentent des flots démontés. «On a des creux de plus de vingt mètres parfois», explique Raphaël Dinelli. Les tempêtes tropicales qui sévissent dans le coin achèvent de rendre la zone très compliquée à naviguer lors de certaines périodes.

Un froid plus vif. Si on vous dit mer du Sud, ne pensez pas aux palmiers et à un climat tropical dans les quarantièmes. Les leaders du Vendée Globe ont remisé les shorts et les tongs pour enfiler les parkas. «Il fait 2 degrés mais avec le froid, on a l’impression qu’il fait moins 15, décrit Dinelli. C’est un froid particulièrement vicieux qui remonte dans vos manches, dans votre col… Quand on est plus au Sud, c’est un froid sec, moins pénible.» Dans les quarantièmes rugissants, la cabine devient un précieux allié du skipper.

Un risque plus grand. «Les côtes sont très éloignées, parfois à plus de 2.000 milles. Si vous avez un souci, c’est plus difficile d’être secouru. Et j’en sais quelque chose…» Secouru en pleine mer par Pete Goss lors du Vendée Globe 1996, Dinelli est bien placé pour savoir qu’il ne vaut mieux pas rencontrer de difficultés dans la zone. Les présences d’icebergs compliquent également la tâche. «Avec la fonte des glaces, il y a de plus en plus de morceaux de glace qui traînent et qui rendent la course encore plus compliquée», expliquent Raphaël Dinelli. Et achèvent de construire la légende des quarantièmes rugissants.