Ligue des champions: Le parcours du combattant des étrangers du Dynamo Kiev
FOOTBALL – Le quotidien des joueurs non-ukrainiens n’est pas simple quand ils débarquent au club…Romain Scotto, à Kiev
De notre envoyé spécial à Kiev,
Le regard autoritaire de Valeri Lobanovski, dont le portrait orne l’entrée du stade Olympiski, couve désormais une nouvelle équipe au Dynamo Kiev. Non pas l’équipe première qui affrontera le PSG mercredi soir en Ligue des champions, ni même la réserve, mais l’escouade d’interprètes au chevet des dix-sept étrangers (de dix nationalités), sous contrat avec le vice-champion d’Ukraine. Malgré l’imposition de quatre joueurs nationaux dans le onze de départ, le club le plus titré du pays est aussi l’un des plus cosmopolites d’Europe.
Taye Taïwo, l’ancien Marseillais, parle d’une «adaptation fantastique» après trois mois et demi passés sur les bords de la Dniepr. «Sur le terrain, on se comprend de mieux en mieux. Ensemble, on s’entraîne, on s’amuse et on rit.» Soit le Nigérian en rajoute légèrement pour ne pas froisser son employeur, soit les temps ont bien changé. Marc Fachan, un jeune Français passé par le Dynamo il y a trois ans, tient un tout autre discours sur le melting pot local: «Il y a beaucoup trop de différences entre les locaux et les étrangers. On était mis à l’écart, clairement.» Pour lui, le calvaire a duré trois mois. Après une préparation physique et quelques matchs amicaux, il est contraint de quitter le club, comme plusieurs étrangers, sur ordre d’un nouveau coach (Gazzaev) nommé au pied levé.
«C’est vrai qu’on ressent le racisme»
Au sein de l’équipe, «personne n’a jamais fait l’effort de parler anglais», enchaîne Chahir Belghazouani, passé cinq ans par Kiev, malgré quatre prêts. Les nouveaux arrivants son priés de se mettre au russe pour s’intégrer. «J’ai essayé de l’apprendre, mais au bout d’un mois j’avais la tête qui explosait, se souvient Fachan. Ne pas parler t’empêche de t’intégrer. Des fois, je les voyais rigoler. Je me disais, tiens, il y a une blague là…»
Aucun des deux joueurs ne regrette pourtant ce choix de carrière. Pour le prestige du club mais aussi pour ses contrats dorés. «Là-dessus, il n’y a pas photo», clame Fachan, aujourd’hui à Carquefou, «à trois mondes de Kiev.» A Ajaccio, Belghazouani a lui aussi changé de dimension. «Là-bas, il y avait 40 joueurs pros. Donc beaucoup ne jouaient pas. Psychologiquement, il faut être très fort parce qu’on est livrés à nous mêmes», indique le franco-marocain, également marqué par le racisme ambiant. «Je n’ai jamais eu de problème et je n’avais pas peur de sortir. Mais c’est vrai qu’on ressent le racisme. Quand une famille avec des enfants croise un noir, on a l’impression qu’ils n’ont jamais vu ça.» Sauf s’ils s’appellent Taïwo, Ideye, Betao, Haruna, Raffael et font désormais la gloire du Dynamo.


















