Vendée Globe 2012: Chalutiers, avaries, mal de mer, les dangers de la première semaine

VOILE La course peut prendre fin plus vite que prévu pour les concurrents malchanceux...

Romain Scotto

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Le bateau de Vincent Riou, PRB, le 10 novembre 2012 lors du Vendée Globe.
Le bateau de Vincent Riou, PRB, le 10 novembre 2012 lors du Vendée Globe. — S.Mahé/REUTERS

Les icebergs et les tempêtes du grand sud sont encore loin. Mais les dangers sont déjà nombreux dans la longue descente vers l’archipel des Açores. En trois jours, Guillemot et de Pavan ont déjà quitté l’aventure. De Broc a, lui, été contraint de rentrer au port. Tour d’horizon des pièges majeurs de cette première semaine de course…

Les chalutiers. L’état du ponton avant de Kito de Pavant est une preuve suffisante des risques encourus avec les chalutiers de l’Atlantique. Comme Bernard Stamm il y a quatre ans, le skipper de Groupe Bel a vécu un accrochage rédhibitoire dans cette zone de trafic maritime intense. En général, les navigateurs restent en alerte sur cette autoroute à quatre voix embouteillée. Car l’AIS, ce système d’alarme qui met en relation deux navires à moins de 10 milles, n’est pas toujours très fiable. Raphaël Dinelli, 10e du dernier Vendée Globe, regrette qu’en mer « la loi du plus fort prédomine : « Il y a un tas de cargos qui ne respectent pas les premières règles maritimes. C’est comme ça. »

Les Ofnis. Pas besoin de regarder Thalassa pour savoir que la mer est une poubelle en mouvement. Entre les containers abandonnés, les morceaux de bois et les traînées d’hydrocarbure, la descente de l’Atlantique nord est un slalom permanent. « Moi je suis déjà tombé dans des nappes de dégazage et j’ai récupéré du pétrole lourd sur le bateau. Le problème, c’est que ça coûte plus cher pour les bateaux de nettoyer au port que de dégazer. Et ils se font prendre une fois sur vingt », déplore Dinelli. Le skipper assure aussi que certains bateaux n’hésitent pas à larguer des containers du dernier étage pour s’équilibrer quand les conditions deviennent difficiles.

Malmener son bateau. Il y a deux philosophies de course lors de la première semaine. Ménager sa monture ou pousser d’entrée la machine. « C’est ce qu’a fait François Gabart dès la première nuit », observe Alain Gautier. « S’il se passait quelque chose, il pouvait toujours rentrer. Et éventuellement repartir. Ça valait le coup de tenter. » Pour gagner un Vendée Globe, mieux vaut pourtant ne pas malmener son bateau trop tôt, les mers du sud étant plus cassantes. Il y a quatre ans pourtant, Michel Desjoyeaux avait été obligé de faire demi-tour peu après le départ pour réparer son bateau. N’étant plus à la bagarre, il avait adopté son propre rythme, sans la pression des concurrents. Et fini par l’emporter après un retour fracassant.

Ne pas dormir assez. Alessandro Di Benedetto n’a pas attendu trois jours pour attraper la première petite bronchite de ce Vendée. Amoindri physiquement, le skipper italien doit donc déjà ménager ses efforts. « J’avais déjà remarqué ça, il y a quatre ans, avec des concurrents pas si jeunes, poursuit Gautier. Peyron avait mené tout l’Atlantique. Ça use. Desjoyeaux était arrivé plus frais par la suite. A 50 ans, on récupère moins bien. »

Le mal de mer. Les marins auront toujours un peu de mal à l’avouer. Mais pendant quelques jours, ils doivent prendre le temps de « s’amariner ». Le mal de mer est un risque important, y compris pour des moussaillons aguerris, indique Gautier qui pointe les effets collatéraux du stress du départ. « Moi, il m’est arrivé d’avoir le mal de mer avec une petite fuite de gasoil (les bateaux ont un moteur pour recharger les batteries). Ce n’est pas bon pour le cœur. » A ce stade de la course, personne n’a évoqué ce type de mésaventure, même si les conditions de mer sont plus clémentes qu’il y a quatre ans. Mais l’intox est aussi souvent de mise.