Vendée Globe: La vie spartiate à bord d'un 60 pieds

Matthieu Goar

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Un habitacle spartiate dans un environnement sauvage. Dans les quelques mètres carrés de leur lieu de vie, humide et bruyant à cause des efforts sur la structure en carbone, les solitaires du Vendée Globe sont en veille permanente. Reste à trouver des moments pour se dormir, se nourrir ou encore se détendre. Tranches de vie avec Arnaud Boissières, skipper d’Akena Vérandas.

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Sommeil. Les skippers du Vendée sont des artistes du sommeil fractionné. «J’essaie de dormir une demi-heure tous les trois-quatre heures, sauf dans les moments et les endroits stratégiques comme les premières heures de course, à cause du trafic. A mon avis, je ne dormirai qu’à la latitude de Lisbonne, au Portugal. Ensuite dans le Pot-au-Noir [zone orageuse où les vents sont erratiques] ou dans les grandes tempêtes des mers du Sud, cela devient compliqué de trouver le sommeil. Mais sinon, je m’endors facilement, le ciré descendu en dessous des genoux, sur un gros pouf à billes que je trimballe dans le bateau. Souvent je me réveille naturellement au bout de vingt minutes ou alors avec un petit réveil. J’ai essayé les grosses sirènes que prennent certains skippers mais ça me stressait. Un thé ou un café et c’est reparti. Il faut faire attention de ne pas se mettre dans le rouge. Il y a quatre ans, j’avais dormi à deux occasions pendant 1h30. J’étais épuisé.»

Nourriture. Un réchaud, un petit évier et c’est tout. Autant dire que le coin cuisine d’un 60 pieds n’a rien de grandiose. Pour gagner du poids, les navigateurs embarquent des plats lyophilisés qu’il suffit de réhydrater avec de l’eau chauffée dans une petite bouilloire. Cette année, nouvelle mode: de nombreux marins ont débarqué les fades plats déshydratés et les ont remplacés par des plats préparés sous vide. «Entre celui qui ne prend que des lyophilisés et celui qui ne prend que des plats préparés, il n'y a que 15 kg. Du coup, moi j’ai pris 80% de plats préparés et 20% de lyophilisés», explique l’hédoniste Jean Le Cam, skipper de SynerCiel. Ce n’est pas le cas de Boissières. «Pour les repas, je me nourris exclusivement de lyophilisés, à part le dimanche où je me prépare un plat sous vide dont le goût est meilleur. En plus de mes trois repas du jour, j’ajoute en mer une collation l’après-midi et une la nuit. Dans les mers du Sud, à cause du froid, je rajoute un plat salé la nuit. Au final, mes 88 jours de nourriture ne pèsent que 83 kilos.»

L’hygiène: Ils ont beau faire 18 m de long, les monocoques n’ont pas de toilettes (remplacé par un seau en plastique) et évidemment aucune douche. «Sous les Tropiques, j’essaye de me laver sous les grains. Sinon, j’ai embarqué cinq paquets de lingettes. Mais quoi qu’il arrive, je fais une grande toilette tous les dimanches. Je me rase, je me lave et je nettoie le bateau, notamment la cale. En tout cas, quand je suis rentré il y a quatre ans, tout le monde m’a dit que mon odeur était très convenable (rires).»

La détente. Ils embarquent tous des DVD et des livres, mais rares sont les concurrents qui arrivent à se trouver assez de temps pour profiter de petits moments culturels. La musique accompagne par contre presque tous les skippers, notamment pour échapper au bruit assourdissant du carbone qui craque. «Je me mets au minimum deux heures de musique rock qui bouge par jour. Je l’écoute à fond. En fait, il y a quatre ans, un ami qui travaille à Rock & Folk m’avait rempli deux iPod. Il m’en a donné une autre pour la transat Jacques Vabre et je crois qu’il m’en a caché un autre dans le bateau pour les fêtes de Noël. Ça ira…»