01:09
Guy Forget: «Défendre l'intérêt du tournoi de Bercy»
TENNIS•Le directeur du Masters 1000 de Paris Bercy ne veut pas que le scénario de cette année se reproduise...Propos recueillis par Julien Laloye, à Bercy
Au moment de défendre le bilan de sa première édition en tant qu’organisateur du tournoi de Paris Bercy, Guy Forget a évidemment positivé. L’ancien serveur-volleyeur est revenu sur le beau parcours de Llodra, a souligné la belle histoire de Janowicz, s’est félicité du succès toujours croissant auprès du grand public….mais il n’a pas fait que du politiquement correct. Conscient du manque de crédibilité du rendez-vous parisien après une nouvelle flopée de forfaits et d’éliminations prématurées chez les meilleurs, Forget se battra pour un changement de calendrier dés l’an prochain.
Franchement, un match Ferrer-Janowicz, ce n’était pas l’affiche rêvée pour une finale?
On peut parler du forfait de certains qui étaient blessés, tant pis pour eux. J'ai envie de penser que ce n'est pas anodin ce qui s’est passé cette semaine. La première fois que Kuerten est arrivé en finale à Roland Garros, il avait sa chemise jaune et bleu, son bandeau, sa tête ébouriffée, il faisait des techniques particulières, tout le monde se disait : "C'est quoi ce Brésilien ?". Janowicz m'a bluffé. Quand je vois ce géant tomber à genoux et avoir des larmes, j'ai la chair de poule. Cela me procure quelque chose. C'est beau de voir des gars qui se disent : "Qu'est-ce qui m'arrive ? Je réalise un rêve de gosse". Le parcours des Français a été une nouvelle fois super chouette. Mika nous a fait rêver, ça s'est arrêté en demi-finale. On a battu le record cette année en termes de billetterie. Les gens, dans la salle, ont vu des choses formidables. C'est ce que j'ai envie de retenir.
Oui mais aucun membre du big four n’a dépassé les huitièmes de finale…
Je pense que j'ai eu un peu de malchance en tant que directeur de tournoi, avec les troubles gastriques de Djokovic, peut-être le manque de vigilance de Murray et le forfait de Roger. Tant pis pour eux. Quand tu es directeur de tournoi, cela fait partie du jeu. J'ai parlé avec Jean-François Caujolle [son prédécesseur] il y a quelques jours, je lui ai dit: «Je ne sais pas si je vais avoir la même finale que toi l'an dernier [Federer contre tsonga]». Il m'a répondu : «J'ai mis 5 ans à l'avoir, la mienne». On n'a pas toujours la finale que l'on imagine au début.
C’est tout de même problématique de ne pas pouvoir compter sur les meilleurs non?
On a eu un peu de malchance, on ne va pas le nier. Pour autant, je vais à Londres la semaine prochaine pour continuer de discuter avec les dirigeants de l'ATP, les joueurs aussi. Les joueurs ont souhaité avancer le Masters pour avoir plus de vacances. Je sais que certains sont conscients que ce qui s’est passé cette année, ce n'est pas ce qu'ils avaient imaginé, même au niveau des joueurs. Je sais que Brad Drewett et les dirigeants de l'ATP en sont aussi conscients. Il faut préparer l'avenir. Nous allons continuer de défendre les intérêts de notre tournoi et d'essayer de trouver la meilleure place. Mais ce sont les joueurs et l'ATP qui sont maîtres de ce calendrier…
Repartir sur les mêmes bases, sans semaine de repos entre Paris et Le Masters, c’est faisable?
Techniquement, c’est faisable. Djokovic l’a fait lorsqu'il est arrivé le mercredi avant ce BNP Paribas Masters et à Roland Garros et qu'il s’était entraîné, il était frais et reposé dans son esprit, on voyait bien qu’il était venu ici pour aller loin. Techniquement, c'est faisable. Quand tu vois les résultats ici de Novak, qui n'était pas très bien physiquement pas pour des raisons tennistiques, et Murray qui a franchement manqué de vigilance dans un moment crucial du match, tu ne peux pas empêcher de te demander si la proximité de Londres n’a pas joué. Je vais devoir défendre l'intérêt de mon tournoi.
L’idéal ce serait de jouer en février?
Oui. Aujourd’hui, une vraie réforme importante est entreprise par l'ATP pour déplacer une tournée sud-américaine, placer Bercy en février, faire une tournée en indoor après l'Open d’Australie, avec Rotterdam, Marseille et Montpellier. Beaucoup de joueurs sont très favorables à ce genre de choses, et notamment parmi les meilleurs. Des joueurs de terre battue s’y sont opposés et l'ATP souhaite avoir une majorité de joueurs d'accord. Quand on nous a évoqué cette éventualité, j'étais le premier ravi. Cela reste quelque chose que l'on défend et soutient. Si cela ne devait pas être le cas en 2014, on aimerait retrouver cette semaine tampon avant le Masters.
Donc ce sont les joueurs de terre battue qui vont décider?
Quand tu regardes l'ensemble des joueurs, certains ont un certain âge et de la bouteille, d'autres sont jeunes, un peu fous-fous et ont parfois des comportements excessifs, mais c'est ce qui fait la richesse de ce tour. Notre rôle, à nous directeurs de tournoi et dirigeants de l'ATP, est, par de multiples contacts et discussions avec eux, de s'assurer que le message passe bien. C'est leur faire entendre que ce que l'on est en train de mettre en place, c'est ce qu'il y a de mieux pour le tour. Cela doit se faire de manière intelligente pour que, avant tout, le tennis soit préservé. Les joueurs de terre, le mec qui est 100 ATP, le numéro 1 mondial, tous ces joueurs ont des intérêts divergents. Les dirigeants de l'ATP doivent s'assurer aujourd'hui qu'ils font les bons choix pour le tennis dans les 5 à 10 prochaines années.



















