Artemis 2 : Pourquoi envoyer des humains vers la Lune n’est pas si facile, plus de cinquante ans après Apollo
vers l'infini et au-delà•Malgré une technologie bien plus avancée que dans les années 1960 et des vols habités vers l’ISS devenus routine, le programme Artemis, dont la deuxième mission s’apprête à décoller, n’a rien d’anodinManon Minaca
L'essentiel
- La mission Artemis 2, qui doit décoller ce jeudi 2 avril à 0h24 heure française, enverra quatre astronautes survoler la Lune pour la première fois depuis 1972, un défi majeur encore aujourd’hui.
- La principale difficulté réside dans le caractère habité de ces missions, qui implique des contraintes de sécurité mais aussi des équipements supplémentaires, et donc un vaisseau plus gros et plus coûteux.
- Les missions Artemis sont également très différentes de celles du programme Apollo dans leur déroulement, impliquant notamment plus d’acteurs et d’engins, ce qui les rend extrêmement complexes en dépit d’une technologie bien plus avancée.
C’est une grande première depuis la dernière mission Apollo en 1972. Le 1er avril à 18h24 (0h24 heure française), les astronautes Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch et Jeremy Hansen décolleront à destination de la Lune, qu’ils survoleront dans le cadre de la mission Artemis 2. Dix jours pour un aller-retour aux airs de répétition générale pour Artemis 4, qui ramènera des hommes fouler la surface lunaire d’ici à 2028 – c’est du moins ce qu’espère la Nasa. Des missions ambitieuses qui, cinquante-quatre ans après Apollo 17, n’ont toujours rien d’anodines, malgré la maîtrise technologique des différents acteurs impliqués.
La principale difficulté résulte dans le caractère habité de la mission. Avec des humains à bord, la sécurité devient LA priorité, d’autant « qu’on n’accepte pas aujourd’hui les risques qu’on acceptait au temps d’Apollo », pose Olivier Sanguy, responsable de l’actualité spatiale à la Cité de l’espace de Toulouse. Surtout que les vols vers la Lune sont bien plus contraignants que les missions habitées vers la Station spatiale internationale (ISS), désormais largement maîtrisées.
Une logistique plus complexe
Pour Artemis 2, « il faut faire vivre quatre personnes, donc emporter la nourriture, l’eau, l’électricité pour dix jours, contre maximum deux jours pour les missions à destination de l’ISS », explique le spécialiste. Ce qui implique un vaisseau plus grand, plus lourd, et donc plus cher à construire et lancer dans l’espace.
Autre difficulté, la vitesse de rentrée dans l’atmosphère, bien plus élevée que pour une mission habitée vers l’ISS. Lors du retour sur Terre d’Artemis 2, la capsule Orion des astronautes rentrera dans l’atmosphère à environ 38.000 km/h, contre 28.000 lors des missions en provenance du laboratoire orbital. « Il faut donc un bouclier thermique beaucoup plus résistant et performant », précise Olivier Sanguy. Tout cela nécessite un lanceur beaucoup plus massif : le SLS (pour Space Launch System) fait 98 mètres de haut et plus de 2.000 tonnes au décollage. Plus lourd, plus complexe et donc plus cher.
Une mission très ambitieuse
Et même si les technologies utilisées pour Artemis 2 sont maîtrisées, « aller vers la Lune reste difficile, appuie le spécialiste de l’actualité spatiale. On connaît la recette mais l’appliquer en toute sécurité est extrêmement difficile et la moindre erreur ne pardonne pas ». La mission sera d’autant plus complexe que la capsule et son module de service devront tourner autour de la Terre pendant un ou deux jours avant de partir vers la Lune, pour vérifier les systèmes et tester certaines manœuvres qui seront nécessaires lors des futures missions. Une « checklist très approfondie qui complexifie la mission », là où les missions Apollo « décollaient, vérifiaient rapidement que tout fonctionnait et partaient vers la Lune », décrit Olivier Sanguy.
Mais « la vraie grande difficulté dans une mission lunaire, c’est l’alunissage », tranche le spécialiste. Un moment périlleux qui ne se présentera pas lors d’Artemis 2, qui ne fera « que » survoler la Lune, mais qui complexifiera fortement les prochaines missions lunaires. « Sur la Lune, il n’y a pas d’atmosphère, donc on ne peut pas s’y frotter et déployer des parachutes pour perdre de la vitesse avant de se poser. Pour atterrir, il faut chuter et se ralentir uniquement avec de la rétropropulsion », procédure très périlleuse que de nombreuses sociétés privées n’ont pas réussie avec leurs sondes.
Un plan différent des missions Apollo
En clair : ce n’est pas parce que la Nasa a réussi les missions Apollo il y a une cinquantaine d’années, avec une technologie bien moins avancée, qu’il est simple de retourner sur la Lune. « On sait évidemment y aller, mais on le fait autrement aujourd’hui », rappelle Olivier Sanguy. Le plan des missions Artemis est hautement plus complexe que celui des missions Apollo – pourtant loin d’être simples.
« Pour Apollo, tout partait dans la même fusée, et on utilisait des engins plus petits à usage unique », détaille le spécialiste. A partir d’Artemis 4, les missions impliqueront non seulement la SLS et Orion, mais aussi un alunisseur privé, qui devra lui-même être ravitaillé en carburant par plusieurs vaisseaux spatiaux lancés successivement. Le tout accompagné de procédures et manœuvres, dont certaines ne sont pas encore maîtrisées.
Sans compter l’impératif de réutilisation des vaisseaux spatiaux imposé par la Nasa, la durée des missions – jusqu’à quinze jours sur la Lune pour Artemis contre maximum trois lors des missions Apollo – et les moyens beaucoup moins importants que dans les années 1960, autant de difficultés supplémentaires avec lesquelles la Nasa et consorts doivent composer. Ce qui colle malgré tout à l’esprit de l’agence spatiale américaine et sa devise « Ad astra per aspera » – « Vers les étoiles à travers les difficultés ».



















