Vacances : Compter les insectes éclatés sur votre plaque minéralogique pour aider la science, ça vous dit ?
BUGS LIFE•Une application de science participative permet à chaque conducteur d’aider les chercheurs à quantifier les insectesChristophe Séfrin
L'essentiel
- D’année en année, la quantité d’insectes dans notre environnement se réduirait drastiquement.
- Sur le principe de la science participative, l’application « Bugs Matter » veut aider les chercheurs à dresser un état des lieux concret de la situation.
- En l’utilisant dans ses trajets, chaque conducteur peut désormais participer à un nécessaire état des lieux… en photographiant sa plaque minéralogique !
«On s’interdisait des programmes que l’on considérait un peu morbides, comme de compter les animaux morts au bord des routes. Néanmoins, l’idée de cette application est tellement géniale que l’on a sauté le pas ». Grégoire Loïs, co-directeur de Vigie-Nature ne cache pas son enthousiasme alors qu’est lancée en France Bugs Matter. Bugs Matter ? Une appli gratuite, simple à utiliser dès que l’on prend la route pour aider la science à… compter le nombre d’insectes qui vient s’éclater sur la plaque d’immatriculation de nos voitures ! En pleins chassés-croisés, 20 Minutes vous explique comment vous impliquer.
Une vaste collecte de données
Cela fait 20 ans que Vigie-Nature, le programme de sciences participatives co-porté par le Muséum d’Histoire naturelle, invite tout un chacun à prendre part à différents recueils de données : évaluation de la population d’oiseaux communs ; de celle des insectes pollinisateurs en ville, des papillons… « 50.000 personnes et 12.000 élèves s’impliquent chaque année dans nos différents programmes », se félicite Anne Dozières, directrice de Vigie-Nature. La plupart du temps, il s’agit d’observer, d’effectuer des relevés et de transmettre les informations recueillies. Au final, émergent des indicateurs, et par-delà les constats effectués, sont produites autant de données pouvant aider à appuyer les politiques publiques.
Nouvelle mission lancée en ce printemps 2026 : quantifier les insectes en France et mesurer l’évolution de leur population d’une saison à l’autre (de mi-avril à octobre). Pour cela, Vigie-Nature a noué un partenariat avec les Anglais de Buglife et Kent Wildlife Trust. Respectivement association dédiée à la conservation des invertébrés et association de protection de la nature, ces deux entités ont développé l’application Bugs Matter (en français : Les insectes, ça compte !). Leur idée consiste à utiliser les plaques minéralogiques avant des véhicules pour comptabiliser les insectes. Oui, ces fameuses plaques standardisées de 580 cm2 sur lesquelles viennent bien malgré eux se crasher moucherons, petits coléoptères, cyrphes (une variété de mouches), guêpes, abeilles et papillons de nuit durant nos trajets routiers…
Des milliards de kilomètres parcourus
« Avec Bugs Matter, nous tablons sur des milliers et milliers de participants qui vont parcourir des millions de kilomètres », renchérit Grégoire Loïs, co-directeur de Vigie Nature. Avec 40 millions de voitures en France, 11.500 km parcourus par chacune en moyenne par an (soit 500 milliards de kilomètres parcourus), le potentiel pour collecter massivement des données est énorme.
Pour utiliser l’appli, rien de plus simple : il suffit de nettoyer sa plaque minéralogique avant son départ, de lancer un trajet sur son smartphone, puis, une fois à destination, de photographier sa plaque et d’en partager le cliché dans Bugs Matter. Ensuite, l’IA (pour « Analyse d’image » !) se charge de faire les comptes. Mais aussi d’établir une cartographie précise. En attendant que les impacts verts, oranges, rouges sur la plaque minéralogique puissent être identifiés et attribués à tel ou tel insecte, on pourra, par exemple, constater l’impact de l’utilisation de pesticides dans certaines zones géographiques. « Il est également nécessaire de documenter les trajets sans le moindre impact », prévient Grégoire Loïs.
Vigie-Nature espère convaincre le maximum d’utilisateurs possible. Des conducteurs, mais aussi des passagers de bus qui peuvent photographier la plaque d’immatriculation de leur moyen de transport une fois à destination. Ou encore des entreprises ayant des flottes de véhicules et qui, s’amuse Grégoire Loïs, « voudraient faire un peu de greenwashing ». L’occasion, sans doute aussi, de sensibiliser les enfants à la cause des drôles de petites bêtes que sont Patouch la mouche, Frédéric le moustique ou Léon le puceron (quand bien même leur aventure se serait arrêtée net en plein crash avec la voiture de papa/maman…).
Notre dossier «Environnement»« Cela change les rapports entre la science et la société. Les impacts de la science participative sur ceux qui la pratiquent sont majeurs en termes de connaissances, mais aussi de changement de regard sur l’environnement », note Anne Dozières, la directrice de Vigie-Nature. D’autant qu’il y a urgence. Citant une expérience effectuée en Allemagne avec des pièges à insectes, Colin Fontaine, chercheur au Centre de Conservation et des Sciences de la Conservation, évoque une diminution de leur nombre par cinq entre 1990 et 2015 ! De son côté, Gilles Bloch, le président du Muséum national d’Histoire naturelle veut encore y croire : « il n’est jamais trop tard, on est face à une population dont une partie peut se régénérer ».


















