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En ligne, la lutte constante des associations contre la haine en ligne

Guerre Israël-Hamas : Mila, Poupette Kenza… En ligne, la lutte constante des assos contre la provocation à la haine

Haine en ligneDepuis les attaques du 7 octobre, les signalements pour provocation à la haine ont presque doublé. Certaines alertes viennent des associations qui veillent constamment pour lutter contre la haine en ligne
L.F.

L.F.

L'essentiel

  • Le 22 mai dernier, SOS Racisme a saisi le procureur de la République à la suite de propos racistes tenus par l’influenceuse Mila lors d’une conversation audio de groupe sur X. Des « propos d’une violence inouïe », a réagi l’association.
  • Depuis l’attaque du 7 octobre, les signalements pour propos haineux sur Internet ont doublé. Le site Pharos reçoit de nombreuses alertes, débouchant parfois sur des plaintes déposées par la Dilcrah. Celle-ci a d’ailleurs effectué un signalement contre l’internaute avec qui Mila échangeait.
  • Comment font les associations pour rester en alerte sur cette fréquente haine en ligne ? « 20 Minutes » a souhaité comprendre un peu mieux leur travail.

Depuis le mois d’octobre et l’attaque du Hamas, les appels à la haine se multiplient sur les réseaux sociaux et vont parfois très loin. Trop loin ? C’est du moins l’avis de l’association SOS Racisme qui, le 22 mai dernier, a annoncé saisir la procureure de la République à la suite de propos racistes tenus par l’influenceuse identitaire Mila dans un Space – une conversation audio de groupe – sur X. « Les échanges rapportés sont d’une violence inouïe », a réagi l’association dans un communiqué.

Il faut remonter quatre jours plus tôt pour comprendre l’historique de la plainte. Cette nuit du 17 au 18, en ligne, un Space « La France au cœur » relaye des propos jugés par la suite « choquants et violents » par l’association. Dans la discussion, plusieurs personnes interagissent mais la discussion est surtout menée par l’internaute franco israélien Yoni Tzioni, avec qui Mila va interagir. « Premier arabe qui passe, cassage de bouche. Même les gentils arabes qui avaient des gentils commerces dans le quartier, ça a cassé tous ceux qui passaient. Le seul langage que les Arabes comprennent », avançait-il avant d’indiquer qu’il possédait « des photos d’Arabes scotchés de la tête aux pieds ». « Je veux absolument voir ça », a réagi directement Mila.

« Nous faisons plus attention »

Au sein du bureau de SOS Racisme, l’alerte est très vite donnée. L’association est en permanence à l’affût sur ces sujets. « Nous sommes particulièrement sensibles à ces questions donc nous faisons plus attention. Même le soir et le week-end, nous surveillons l’actualité », avance Alice Murgier, responsable du pôle juridique de l’association. Avant d’exprimer un léger regret : « Parfois des choses passent entre les mailles du filet ». Ça aurait pu être le cas de cet échange, prononcé dans une sphère semi-publique, mais cette fois les propos de Mila et de Yoni Tzioni sont massivement relayés sur les réseaux sociaux. « Il peut arriver qu’on reçoive aussi des signalements par le biais des permanences juridiques et par des sources qui nous tiennent au courant », ajoute Alice Murgier.

Une fois la réception du signalement, c’est justement à son équipe de vérifier la qualification juridique du propos. La décision, elle, est collégiale. « On en discute entre nous. A partir du moment où il y a une qualification juridique qui peut être déterminée et qui semble cohérente, on envoie une plainte directement auprès du procureur de la République ». Une décision rejointe par la ministre Aurore Bergé qui a également effectué un signalement. « Ces propos n’ont pas leur place dans notre République. […] Le racisme n’est pas une opinion, mais un délit », a réagi sur X la ministre déléguée.

Yoni Tzioni visé par un signalement de la Dilcrah

Depuis l’attaque du 7 octobre dernier, les signalements effectués auprès du site gouvernemental Pharos ont doublé. De ces alertes découlent également des plaintes. « C’est l’article 40 », souligne Olivier Klein, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah). Dans des termes moins procéduriers, il s’agit ici de la faculté pour un agent public – comme pour une association comme SOS Racisme – de saisir le procureur de la République pour toutes « plaintes ou dénonciations ».

Dans le cas de la discussion entre Mila et Yoni Tzioni, la Dilcrah a, elle, effectué un signalement contre l’internaute franco israélien. C’est aussi la Dilcrah qui avait saisi le procureur de la République après les propos antisémites tenus mi-mai par l’influenceuse Poupette Kenza. « Je suis une propalestinienne, je ne travaille pour aucune personne sioniste ou juive (…) Je n’ai aucun partenaire, aucun agent qui est juif », avait-elle expliqué en story avant de cafouiller quelques excuses et faire son mea culpa. Tout en estimant que la plainte de la Dilcrah était une instrumentalisation politique. « La haine en ligne ne peut pas avoir lieu en toute impunité. On ne peut pas se réfugier derrière un pseudo et une adresse IP pour propager des propos de haine », prévient de son côté Olivier Klein qui voit en la haine des mots en ligne un risque précurseur « de la haine physique et de la violence ».

Un travail « précieux et essentiel »

Si les acteurs de la lutte contre la haine en ligne sont nombreux, tous n’ont pas le même travail de veille. Amnesty International documente davantage les violations du droit international considérées comme « graves », comme les crimes de guerre, afin de les rendre publiques. S’ils ont un pouvoir de signalement, aucun n’a été entrepris de leur côté. « D’autres associations se sont davantage spécialisées dans ce type de travail, qui est précieux et essentiel », avance Iyane Sene, Social media manager à Amnesty International France.

En revanche, un travail de veille a constamment lieu dans son équipe. « Nous sommes beaucoup à être très actifs sur les réseaux sociaux, suivant attentivement ce qui peut se dire sur les campagnes et combats que nous portons ». Comme chez SOS Racisme, Amnesty International est identifié aussi pour son travail par les internautes. « Nos chercheurs et nos comptes institutionnels sont régulièrement tagués par les internautes qui souhaitent nous faire remonter des violations ».

Ces images récoltées par la veille vont plutôt ici être utilisées ici pour enquêter sur des possibles dérives politiques à l’international. « Il nous arrive, en complément des enquêtes de terrain effectuées par nos chercheurs, de travailler sur l’authentification de contenus en open source, comme lors de bombardements de zones civiles ou d’exécutions de prisonniers de guerre », précise le Social media manager qui observe une forte augmentation des images choquantes ces dernières années. « Elles arrivent de partout dans le monde ». De partout, oui, et parfois pour aller n’importe où.