Laissez-vous vos enfants jouer avec votre tablette tactile?

HIGH TECH Les applications éducatives et tablettes spécialement conçues pour enfants se multiplient sur le marché. Ces nouveaux écrans ne sont visiblement plus l'apanage des adultes aujourd'hui...

Anaëlle Grondin

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Le Kindle Fire, la tablette de 7 pouces d'Amazon.
Le Kindle Fire, la tablette de 7 pouces d'Amazon. — DR

Avec la rentrée, de nouvelles applications de découverte et d’apprentissage destinées aux enfants ont fait leur apparition dans les boutiques d’applis. Et ils sont invités à les adopter dès le plus jeune âge. Lancée mardi, la collection d’applis iPad «Explique-moi Tom», dont le premier volet est dédié au corps humain, cible ainsi les 4 à 8 ans. Ce type d’applications n’est pas nouveau, mais elles sont de plus en plus nombreuses à envahir les app store espérant capter l’attention des parents qui laisseraient alors leur enfant passer du temps sur leur tablette.

«Ah ça oui, les iPad et iPhone des parents sont souvent utilisés par leurs enfants!», affirme Thierry Roth, psychiatre et psychanalyste pour enfants et adultes à Paris, contacté par 20 Minutes. «Les écrans font partie du monde dans lequel ils grandissent. Je ne vois pas pourquoi ce serait plus mauvais qu’une autre activité», juge le spécialiste. Il émet quand même une réserve: «Il faut voir les applications qu’il y a dessus, si c’est éducatif ou abrutissant.» Sans oublier le contrôle parental. «Il ne faut pas les scotcher des heures et des heures devant cet écran et isoler l’enfant. Si les parents s’en servent pour avoir la paix, ça peut être nocif», prévient tout de même Thierry Roth.

Un enfant a «besoin de manipuler les objets et les voir en trois dimensions»

Nicole Garret-Gloanec, pédo-psychiatre au CHU de Nantes, pense comme lui que la tablette n’est pas une mauvaise chose pour l’enfant, a priori, à condition qu’il fasse autre chose à côté. Car il a «besoin de manipuler, toucher les objets et les voir en trois dimensions», mais aussi de «lire, jouer avec les copains». «Un enfant qui passe sa soirée devant la télé, ce ne sera pas mieux. Au contraire, la tablette  sera moins passive», a-t-elle déclaré à 20 Minutes. En revanche, elle fait mentir le marketing: «Faire croire que son enfant va mieux parler anglais parce qu’il apprend sur une tablette, c’est une illusion». 

Serge Tisseron, psychanalyste réputé pour ses études portant sur les relations jeunes-médias, a lui lancé un cri d’alarme sur son site Internet.  «De la même manière que la culture du livre a précédé celle des écrans, le jeune enfant a d’abord besoin de repères spatiaux et temporels que rien ne permet mieux de construire que les jouets traditionnels et les livres d’images», estime le spécialiste. Il modère toutefois ses propos en précisant que cela ne veut pas dire que l’enfant ne peut pas profiter des écrans interactifs. Mais pendant de très courtes durées et à deux conditions: «privilégier les logiciels qui impliquent une narration sur ceux qui ne font que juxtaposer des scènes, et accompagner l’enfant en apportant de l’extérieur aux écrans les repères de temporalité et de causalité qui leur manquent.»

Les tablettes pour enfants, un nouveau marché pour les constructeurs

Mais il sera difficile pour les plus jeunes d’échapper à ces nouveaux écrans. Car en plus des éditeurs d’applications, les constructeurs s’intéressent aussi aux enfants désormais. Au printemps dernier, Archos présentait sa ChildPad, une tablette pour enfants fonctionnant sous Android leur permettant l’accès à 10.000 applications adaptées à leur âge. Plus récemment, LeapFrog, fabricant de jeux éducatifs, a lancé son propre modèle en France, baptisé LeapPad (qui possède un appareil photo, un micro et même un port USB, comme sur les tablettes pour les grands). La société chinoise VTech, qui promeut sa Storio 2, et le fabricant Lexibook, ne sont pas en reste.

Au total, 3 millions de tablettes classiques (pour adultes) devraient se vendre au total en France, selon les prévisions de l’institut GfK. La directrice du développement des produits chez Vtech Sylvie Bannelier, a indiqué au Monde que «le  marché des tablettes pour enfants pourrait atteindre 500.000 pièces vendues en 2012, soit pratiquement autant que les produits pour les adultes en 2010».

>> Et vous, laissez-vous votre enfant jouer avec votre tablette? Si oui, quel type d’application privilégiez-vous? Envisageriez-vous de lui offrir une tablette adaptée à son âge? Dites-le nous dans les commentaires ci-dessous ou écrivez-nous à reporter-mobile@20minutes.fr