"Il est clair que la création du «.cat » a provoqué beaucoup d'intérêt"

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Interview de Karen Lentz, chargée des relations avec les sociétés d’enregistrements (registres) des gTLD “generic top level domaine”, extensions internet à caractère générique.

Est-ce que l’ICANN a reçu de nombreuses demandes de points régionaux comme « .cat » ou « .sco » (Ecosse) ou « .gal » (Galice ?)

Nous avons reçu un certain nombre de requêtes concernant de nouvelles extensions, mais nous n’effectuons pas de recensement spécifique selon leur type. Il est donc difficile de dire si elles sont liées ou pas à une base régionale.

Le «.cat » est-il est le seul exemple de point régional et culture approuvé par l’ICANN ?

Le « .cat » est un « sponsored top level domain name » (point « sponsorisé », c’est à dire placée sous la responsabilité d’un représentant de la communauté concernée NDLR). Le « .cat » a vocation à représenter la communauté culturelle et linguistique catalane. C’est un cas unique d’un point destiné à une communauté ainsi définie.

Est-il exact que des villes comme Berlin ou New York ont elles aussi demandé leur point ?

Nous recevons régulièrement des manifestations d’intérêt de collectifs ou de particuliers pour des noms de domaines spécifiques. Et nous leur faisons la même réponse : pour l’instant, nous ne sommes pas en période de campagne pour de nouveaux dépôts. L’ICANN est en train de mettre au point des règles pour savoir quels nouveaux points seront lancés dans le futur, et à quelles conditions. Et dans quel cadre les demandeurs pourront participer à leur mise en place.

Combien coûte le dépôt d’un point?

Il est difficile de répondre puisque nous n’avons pas encore ouvert la période de dépôt de nouveaux noms. Mais en 2000, le prix était de 50 000 dollars US et en 2003-2004, de 45 000 dollars. Ce prix s’entend uniquement pour les droits de dépôt du dossier. Il y a bien sûr d’autres autres frais liés à la mise au point du dossier, mais ils ne sont pas connus de nos services.
Combien de temps prend le processus ?

Il n’y a pas de processus spécifique pour les points régionaux. Et cela dépendra de toutes façons des règles mises en place lors de la prochaine campagne pour le dépôt de noms. Mais par le passé, et pour prendre l’exemple du « .cat », la demande a été déposée en mars 2004, l’accord avec l’ICANN a été finalisé en septembre 2005, l’extension enregistrée en décembre 2005, et le premiers noms de domaines en .cat enregistrés l’ont été à partir en février 2006. Cela donne une idée du déroulement du processus, même s’il n’y a pas de standard en la matière.

Dans le cas d’extensions régionales, demandez-vous l’avis des gouvernements nationaux ?

Concernant le « .cat », l’ICANN a contacté les gouvernements d’Espagne et d’Andorre, suivant en cela les règles établies par le GAC (Governmental Advisory Committee, comité consultatif de l’ICANN, NDLR)

En approuvant la création du « .cat » l’ICANN n’a-t-il pas ouvert la boîte de Pandore, en favorisant un regain du régionalisme ou une prolifération des noms de domaines ?

Il est clair que la création du « .cat » a provoqué beaucoup d’intérêt, et soulève de nombreux points de discussion. Mais je ne suis pas certaine que l’on puisse qualifier cela de boîte de Pandore.

Avez-vous entendu parler du mouvement pour le .bzh en Bretagne ?

Par la presse, mais je n’ai pas d’information particulière à ce sujet.

Le catalan Amadeu Abril y Abril, très impliqué dans la campagne en faveur du « .cat » faisait partie de l’ICANN. Est-ce la raison pour laquelle le « .cat » a finalement été accepté, contrairement à d’autres extensions régionales ?

Amadeu a appartenu autrefois au bureau dirigeant, et a occupé plusieurs postes au sein de l’ICANN. Le « .cat » était l’une des dix extensions qui ont été examinées dans la dernière campagne de dépôt de nouveaux noms. Il a été mis au point par des experts indépendants pour satisfaire aux critères de sélection et le bureau de l’ICANN a voté pour autoriser les négociations avec les demandeurs du « .cat » afin trouver un accord
L’autre extension qui peut être considérée comme «régionale » dans cette campagne était le « .Asia », qui a été aussi arrêtée par des experts indépendants pour être conforme aux critères de l’ICANN.

Apparemment la question des points régionaux a fait l’objet de vif débats au sein de l’ICANN…

La communauté qui compose l’ICANN est très hétéroclite, et se fait l’écho d’intérêts divers, venus de tous les pays. La question de la création de nouveaux points est clairement l’une de celles qui entraîne le plus de discussions musclées. Mais cela fait partie du processus. A ce titre, l’ICANN est un peu un forum dans lequel une communauté peut se mettre d’accord pour parvenir à une définition consensuelle d’une extension.

Recueilli par Anne Kerloc'h

Site français de l'ICANN: http://www.icann.org/tr/french.html