Jeux vidéo: De plus en plus de femmes aux manettes

HIGH TECH Aujourd'hui, 33% des joueurs sont des femmes, indique une étude de Kantar Média, qui souligne une progression de 44% en trois ans...

Anaëlle Grondin
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Une femme en train de jouer à un jeu vidéo.
Une femme en train de jouer à un jeu vidéo. — Stewart Cohen Pi/SUPERSTOCK/SIPA

Envolés, les stéréotypes sexistes? Elles ne sont peut-être pas encore aussi nombreuses que les hommes à envahir cet univers, mais les femmes accrochent de plus en plus aux jeux vidéo et ont tendance à rattraper ces messieurs. Une récente étude menée par Kantar Média TGI  le confirme. En France, «33% des joueurs sont des femmes», soulignent ses auteurs, qui précisent qu’il s’agit d’une progression de 44% en 3 ans.

D’après Muriel Raffatin, responsable marketing et développement TGI, cette évolution est due au fait que les constructeurs aient «repensé un certain nombre de codes de l’univers des jeux vidéo afin de séduire la cible féminine. Ils proposent désormais aux femmes une multitude de jeux liés à leurs centres d’intérêt, intellectuels et sociaux, ainsi que des équipements plus ludiques et interactifs». Séduire les femmes en diversifiant les jeux et leur univers, oui, mais hors de question d’enfermer les joueuses dans une case. 

Sortir du cliché du «jeu pour filles» 

«Beaucoup de studios se sont mis en tête de conquérir ce nouveau public que seraient les femmes. Mais ça a généralement donné des choses assez pathétiques, à base de rose et de princesses, de caniches ou de poneys», réagit Sachka Duval, game designer, contactée par 20 Minutes. «En revanche je pense que les jeux évoluent vers des histoires plus réalistes, plus adultes, plus en phase avec le monde réel: des histoires qui parlent de paternité, de relations de couple, de la vie (Shattered Memories, Heavy Rain, Catherine...). Je ne veux pas dire que la psychologie intéresse plus les femmes, comme on le lit souvent, mais simplement que ce sont des thèmes qui parlent à tout le monde, directement, sans avoir besoin de connaître les codes et références d'une culture particulière». Pour Manon Lestrade, 20 ans, graphiste pour Focus Home Interactive et gameuse, «les jeux visent aujourd’hui toute la famille. Les éditeurs ont voulu élargir leur public. Naturellement, les femmes s’y sont mises». Elle aussi estime qu’il est faux de parler de «jeux pour filles»: «Ce n’est plus étonnant aujourd’hui de voir des filles jouer à Half Life ou Mass Effect», surtout lorsque comme elle, on a «grandi avec les jeux vidéo et Internet». Même Alexandra Trencevski, attachée de presse chez Sega, l’a reconnu. «Beaucoup de jeux comme les jeux de cuisine sont à même de plaire aux femmes, mais après je constate à travers les salons que je fais qu’il y a aussi beaucoup de femmes qui adorent les jeux avec des zombies ou un peu gores», nous raconte-t-elle.

«Ça devient aussi banal que de regarder la télé»

La vision que le public peut avoir du jeu vidéo a également changé la donne, selon plusieurs joueuses. «Le jeu est de moins en moins perçu comme un loisir masculin ou comme une culture «geek» hyperspécialisée», affirme  Sachka Duval. «Avant cela pouvait paraître comme un cadre très fermé, plus maintenant», renchérit Manon Lestrade.  Alexandra Trencevski parle même de «mode», surtout depuis que la Wii est sortie. 

Nalexa, une autre joueuse, est responsable animateur pour Bargaming, une association créée en 2009 ans et qui organise régulièrement des soirées jeux dans les bars. «En trois ans, il y a eu entre 35 et 40% de femmes en moyenne aux événements que l’on a organisés», a-t-elle confié à 20 Minutes. Pour elle, le fait que le jeu vidéo soit «plus présent dans la vie des gens aujourd’hui» expliquerait aussi qu’il y ait de plus en plus de joueuses. Sachka Duval confirme: «De plus en plus, les filles grandissent avec le jeu vidéo: il est présent dans les foyers, et ça devient aussi banal que de regarder la télé». Elle pointe aussi du doigt le fait que les jeux sont plus accessibles de nos jours. «L’apparition du gameplay «gestuel», à base de reconnaissance de mouvement (Wii, puis Kinect, PS Move) peut sembler moins intimidant pour quelqu’un qui n’a jamais tenu une manette. Mais les jeux sont aussi plus accessibles simplement parce qu’ils sont partout: sur le téléphone, sur l’ordinateur… N’importe qui peut se lancer dans une partie courte pendant la pause de midi ou dans le bus.» Au sujet des jeux qui se démocratisent depuis l’arrivée du smartphone, Alexandra Trencevski, l’attachée de presse de Sega, conclut: «Je pense que les nouvelles technologies ont été pour beaucoup, plus que les jeux en eux-mêmes. L’iPad et l’iPhone, on peut jouer dessus rapidement dans les transports. Les petits jeux super faciles d’accès, ça fait passer le temps exactement comme lire un magazine».

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