Christophe Barbier et «L'Express» vs les «connards» d'Anonymous

MEDIA Après une chronique à charge du journaliste, le site Internet de l'hebdo est resté inaccessible un court moment, lundi. Qui est responsable?

Philippe Berry

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Une image du film «V for Vendetta», repris comme symbole par le groupe de hackers Anonymous.
Une image du film «V for Vendetta», repris comme symbole par le groupe de hackers Anonymous. — WARNER BROS

«On est blindés, pas de soucis, on les attend», lançait un Christophe Barbier fanfaron, lundi matin, en terminant sur i>Télé son «J'accuse» contre le collectif Anonymous. Quelques heures plus tard, vers 18h15, le site de L'Express est tombé pendant une vingtaine de minutes, noyé sous le flot des requêtes de connexions. Attaque punitive coordonnée? Pas vraiment. Dans les salons de discussion du mouvement, tous les membres ou presque condamnent cette action, la jugeant contreproductive.

Dans sa chronique, Christophe Barbier réagissait aux attaques contre les sites Internet d'Universal, du FBI ou encore de l'Elysée après la fermeture par les autorités américaines de Megaupload. «On n'aime pas bien les lettres anonymes, il faut avoir le courage d'apparaître au grand jour et de ne pas faire les coups en douce», lance Barbier.

Selon lui, le message d'Anonymous se résume ainsi: «La loi, c'est nous, nous les pirates qui décidons d'aller sur Internet nous servir et qui ne voulons payer personne, ne pas rémunérer le travail d'autrui.» Il poursuit: «Il faut dire à ces Anonymes qu'ils ne sont pas des Robins des bois, qu'ils ne sont pas là pour la liberté de la presse, la liberté d'expression ou la liberté du futur. Ils sont là comme des voleurs. Anonymes, vous êtes des voleurs». Et de conclure, citant François Hollande: «La république vous rattrapera!»

«Bande de connards»

L'attaque contre lexpress.fr n'a pas été revendiquée. Mais sur Twitter, le rédacteur en chef du site, Eric Mettout, se fâche: «Franchement les anonymous, vous avez rien d'autre à foutre que vous en prendre à un site de presse. Bande de connards!»

Dans un édito, il relativise ensuite, estimant que «quelques "anonymous", ou s'en réclamant, a priori réunis derrière deux ou trois ordinateurs, pas plus, ont décidé de venger leur honneur». Il reconnaît que «les anonymous, dans leur majorité, ont condamné, entre eux, cette action imbécile» mais réclame une condamnation officielle.

«On ne touche pas aux médias»

Problème, par sa nature-même, le collectif tient plus du mouvement idéologique protéiforme que de l'organisation structurée. Réclamer une condamnation officielle a autant de sens que de demander à un nuage d'électrons de se tenir la main, en rang, deux par deux.

Dans le salon de discussion fréquenté par les sympathisants français, les mêmes mots reviennent sur toutes les lèvres: «On ne touche pas aux médias.» «Une personne a lancé un appel pour DDoS L'Express (lancer une attaque en déni de service en saturant les serveurs de requêtes de connexions, ndr)», raconte Mumei («inconnu», en japonais, précise-t-il, en choisissant ce pseudonyme d'emprunt), un technicien réseau de 26 ans.

Aussitôt, les autres membres ripostent: «Pas d'attaque sur les journalistes. Ils ont le droit d'exprimer leur opinion, même si c'est pas la nôtre», «On n'attaque pas les médias, faut le dire combien de fois?», «ON N'ATTAQUE PAS LA PRESSE».

Selon Mumei, l'internaute suggérant d'attaquer L'Express a reçu le soutien d'un membre affirmant «posséder 50 machines» et «des connexions gigabit», avant que les deux se fassent «envoyer bouler» par un administrateur.

«Les Anonymous n'ont EN AUCUN CAS le but de nuire au médias, c'est presque contre leur intérêt. Leur but est de lutter pour la liberté d'expression, d'échange et autres», renchérit Mhythraz. Un autre membre, qui préfère rester anonyme car il a participé aux salves contre le site d'Universal, condamne celle qui a visé L'Express. Il dénonce cependant «la provocation, la caricature et la méconnaissance» de Christophe Barbier. Il reconnaît toutefois que «deux ou trois membres ont pu décider d'agir dans leur coin», concluant: «Chacun est libre, et encore heureux.»