Apple ouvre les portes de ses fournisseurs chinois à des observateurs

HIGH TECH A la suite d'une vague de suicides, la firme à la pomme a accepté que des observateurs indépendants se penchent sur les conditions de travail dans les usines de ses fournisseurs, en Chine...

Anaëlle Grondin

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Des salariés chinois d'une usine Foxconn.
Des salariés chinois d'une usine Foxconn. — B.YIP/REUTERS

C’est une première pour une société du secteur des technologies.  L’entreprise américaine Apple a accepté d’ouvrir aux représentants de l’Association pour l’équité au travail (Fair Labor Association) «toute sa chaîne d’approvisionnement», a indiqué l’organisation non gouvernementale. La firme à la pomme va ainsi adhérer à sa charte des bonnes conditions de travail chez les fournisseurs. Apple a deux ans pour s’y conformer. 

Depuis une poignée d’années, la firme de Cupertino est accusée de laisser pratiquer de mauvaises conditions de travail dans les usines de ses fournisseurs. Comme la plupart de ses concurrents, Apple fait appel à des entreprises asiatiques pour pouvoir produire ses téléphones et tablettes. Parmi elles, le Taïwanais Foxconn, entreprise qui emploie plus d’un million de personnes en Chine et qui a fait parler d’elle en 2010, lorsque pas moins de douze de ses salariés se sont suicidés. Première cause évoquée après ces drames: les conditions de travail.

Des conditions de travail «inhumaines» chez Foxconn

Dans un rapport réalisé par des chercheurs des vingt universités les plus prestigieuses de Chine, de Taïwan et de Hong Kong, publié en octobre 2010, il était écrit que les usines chinoises de Foxconn pouvaient «être comparées à des camps de concentration». Très mal payés, privés de toute couverture sociale, soumis à un nombre d’heures supplémentaires incalculables et parfois non payées, les salariés de l’entreprise sont fréquemment «kidnappés» dans leurs dortoirs pour aller travailler à la chaîne, faisait savoir ce rapport. «Ils n’ont pas le droit de parler, de sourire, de s’asseoir ou de faire des gestes ‘inutiles’. Ils doivent remplir un quota de 20.000 assemblages durant leurs longues vacations». Pire encore, le rapport, qualifiant d’ «inhumain» le style de gestion de Foxconn, notait que «plus de 28% des ouvriers ont été insultés par leurs superviseurs et les gardes de sécurité, 16% ont subi des punitions corporelles et 38% disent avoir subi des entraves à leur liberté de mouvement».

«Etablir de nouvelles normes pour le secteur électronique»

Pour faire taire les polémiques et éviter de passer pour une entreprise insensible, Apple, qui continue malgré tout à avoir recours à Foxconn pour ses iPhone, a souligné avoir «réalisé l’an dernier plus de 200 audits dans les usines de [ses] fournisseurs dans le monde.»

A travers un communiqué, l’Association pour l’équité au travail salue «l’engagement d’Apple envers plus de transparence et de surveillance indépendante» et espère que «sa participation va aider à établir de nouvelles normes pour le secteur de l’électronique». Auret van Heerden, directeur de l’association a déclaré: «Nous constatons qu’Apple prend au sérieux la responsabilité de ses fournisseurs et nous réjouissons qu’ils participent» à l’Association pour l’équité au travail. 

Cité dans son communiqué, Jeff Williams, l’un des dirigeants de l’exploitation d’Apple a affirmé: «En bénéficiant de l’expérience et de l’expertise de l’Association pour l’équité au travail, nous allons continuer à améliorer les conditions de travail de nos ouvriers».

Foxconn, numéro un mondial des composants électroniques, travaille également pour Sony, Microsoft, ou encore HP. D’après l’agence de presse chinoise Xinhua, l’entreprise a l’intention de remplacer une partie de sa main d’œuvre par un million de robots d’ici trois ans.