Pourquoi Steve Jobs le prophète semble éternel

APPLE Le patron de la firme à la pomme avait de nombreux adeptes de son vivant, sa mort n'a fait qu'accentuer le culte que lui voue le monde entier...

Anne Kerloc’h

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La page du site Apple.com rend hommage à Steve Jobs, dont le décès a été annoncé le 5 octobre 2011.
La page du site Apple.com rend hommage à Steve Jobs, dont le décès a été annoncé le 5 octobre 2011. — DR

Ces derniers jours, le site d’Apple patinait sous l’afflux de connexions. Google affichait sous son moteur de recherche ses dates de naissance et de mort. Twitter a explosé les compteurs avec les hashtags #stevejobs; #thankyouSteve, #iSad. Le président Obama l’honore. Au Japon, les fans ont allumé des bougies virtuelles sous forme d’applis iPhone. Steve est mort, le culte est plus que jamais vivant. Explications.

>> La saga Steve Jobs en images par ici

Le dieu se cache dans les détails

«Aucun patron n’a son aura, lance Daniel Ichbiah, auteur des 4 vies de Steve Jobs (Leduc.s) parce qu’il était bien plus qu’un patron, plutôt un directeur artistique avec une vision, son sens du beau, des détails, unique au monde. » Après son retour chez Apple, Jobs attendra deux ans avant de présenter l’iMac. Quatre ans pour l’iPod. Le temps de peaufiner les produits. «Des personnalités de cette trempe, capables d’imposer leur vision envers et contre tous, on les trouve plutôt dans le domaine artistique», reprend Ichbiah.

Une communication-révélation

Patron réputé tyrannique, Jobs n’a jamais versé dans le culte de la personnalité à la Staline avec surabondance d’images. Bio officielle minimaliste, photo unique… Normal, Dieu lévite au-dessus des mortels et se manifeste rarement : lors de «keynotes» en forme d’apparitions, le prophète présentant les tablettes de la loi sous forme d’iPad ou d’iPhone. De vrais shows «digne d’une rock star», note Ichbiah.

L’imagerie religieuse d’une icône techno

Jobs est une figure christique, qui a déjà connu la renaissance symbolique. La première fois en revenant chez Apple après en avoir été évincé. La deuxième lorsqu’il triomphe une première fois de son cancer du pancréas découvert en 2004. Sa photo «tribute» sur le site Apple relève aussi du religieux. Présenté avec la même sobriété et la même typo que les nouveautés Apple, Jobs en impose. «Une image taoïste d’un sage volontaire pour guider la planète, analyse Laurent Gervereau, président de l’Institut des images. Le maître regarde chacun depuis le passé (en noir et blanc) avec la détermination et la volonté d’un pouce sur le menton.» Steve nous parle de l’outre-tombe, son œil nous regarde de l’au-delà, omniscient, omniprésent. «Pour atténuer la puissance du regard de face, comme l’affiche d’Uncle Sam en 1917 par James Montgomery Flagg, qui donnait l’impression que chacun était regardé dans le fond des yeux quelle que soit sa position, l’image est coupée à droite. Le doigt ne désigne plus le passant, mais montre la voie: celle de la volonté intérieure.» Esprit vivant.

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