Acquisition de Motorola Mobility: La stratégie de Google reste floue
HIGH TECH•En s'offrant Motorola Mobility pour 12,5 milliards de dollars, la firme de Mountain View risque de se mettre à dos plusieurs de ses partenaires comme Samsung ou HTC...A.G.
Après avoir annoncé hier l’acquisition la plus importante de son histoire, il est clair que Google souhaite donner un nouveau souffle à Android, son système d’exploitation pour smartphones, face au concurrent féroce qu’est Apple. Mais il s’agit surtout pour le géant de l’Internet de mettre la main sur 25.000 brevets de Motorola (17.000 délivrés et 7.500 déposés), pour mieux se défendre dans la guerre qui fait rage depuis quelques années entre les constructeurs. Larry Page, le PDG de Google, l’explique lui-même sur le blog officiel de la société: «Notre acquisition de Motorola va dynamiser la concurrence en renforçant le portefeuille de brevets de Google, ce qui nous permettra de mieux protéger Android des menaces anticoncurrentielles de Microsoft, Apple et d'autres compagnies.»
Les autres partenaires de Google pourraient se tourner vers Microsoft
Andy Rubin, vice-président de l'ingénierie chez Google où il supervise le développement d'Android, précise au Wall Street Journal qu’il s’est entretenu avec les constructeurs les plus importants qui ont fait appel à Android. Selon lui, «ils se sont tous montrés enthousiastes» et ont soutenu l’acquisition. Mais cela risque de ne pas durer bien longtemps. Plusieurs analystes ont confié au journal américain que le rachat de Motorola Mobility créerait des tensions car l’entreprise pourrait être favorisée par Google. «Si vous êtes un partenaire Android, vous pouvez commencer à vous intéresser à la plateforme Windows», indique Colin Gillis, analyste chez BGC Partners, au New York Times. Charles Golvin, analyste chez Forrester Research, relayé par le Wall Street Journal, est du même avis: «Google s’occupe de fournir des logiciels à ceux qui fabriquent le matériel. Et en achetant un des fabricants, il ne va pas être très aimé par le reste de ses partenaires.» Il précise que HTC et Samsung en particulier pourraient ainsi décider de se tourner vers Microsoft. Tavis McCourt, un autre analyste (Morgan Keegan Equity Research), va plus loin. Il estime que d’ici deux ou trois ans, après une percée de Motorola en Europe, Google cherchera à fermer sa plateforme Android ou commencera à mettre en place des fonctionnalités exclusives auxquelles ses autres partenaires n’auront pas accès…
La firme de Mountain View, qui a certainement anticipé les réactions, s’est montrée rassurante. Au moment où il a annoncé le rachat de Motorola Mobility, Larry Page a écrit: «Cette acquisition ne changera pas notre engagement à faire d’Android une plateforme ouverte. Motorola restera titulaire d’une licence Android et Android restera ouvert. Motorola fonctionnera comme une entreprise distincte.» Google veut montrer que cette acquisition est surtout un moyen d’obtenir des brevets et non de se frayer un chemin sur le marché des mobiles.
Pas d’«intégration verticale» pour tenir tête à Apple?
Pourtant, une intégration verticale permettrait à Google de mieux concurrencer Apple, qui a son mot à dire sur la partie logicielle (iOS) autant que sur l’appareil (l’iPhone). Sandeep Aggarwal, analyste pour Digital Route, explique: «Une des marques de fabrique de la stratégie d'Apple est l'intégration verticale, dans laquelle Apple fournit une expérience de bout-en-bout, plutôt que de se focaliser uniquement sur le matériel ou le logiciel. Motorola Mobility peut potentiellement orienter Google dans cette direction». Mais cela reviendrait à faire de Motorola un concurrent direct à Samsung, HTC et aux autres partenaires du moteur de recherche, chose dont Larry Page ne veut pas, d’après sa note de blog. La stratégie que souhaite adopter Google reste donc illisible pour le moment.
En outre, l’acquisition de Google doit encore recevoir l'aval des autorités de régulation américaines et européennes et ne devrait pas être finalisée avant 2012.



















