Christophe Séfrin
L'essentiel
- Un étudiant rennais a mis au point une solution simple pour nous aider à reprendre le contrôle sur le temps passé à scroller sur nos smartphones.
- Avec sa clé « Waiki », Célestin Alusse a ainsi une l’idée d’un petit accessoire qu’il suffit de scanner pour bloquer, juste le temps désiré, les applications et sites Web qui monopolisent notre attention.
- Vendue 26,99 euros sans abonnement, la clé « Waiki » qui vient d’être lancée est déjà un succès.
On croirait un biscuit. Si vous risquez de vous casser les dents sur Waiki, vous apprécierez en revanche le goût du temps que cette petite « clé » va vous offrir. Celle de celui que votre smartphone vous dérobe insidieusement au quotidien et que vous allez pouvoir retrouver grâce à Waiki. Derrière ce mystérieux accessoire, l’idée géniale d’un étudiant ingénieur à l’INSA Rennes, qui a compris qu’il devait décrocher de son smartphone et reprendre le contrôle sur son temps d’écran… 20 Minutes a rencontré Célestin Alusse, l’inventeur de Waiki.
Temps d’écran en hausse… notes en baisse
« Cette aventure remonte à 3 ans, lorsque j’ai quitté le cocon familial pour intégrer la fac à Nantes », rappelle Célestin Alusse. « Me retrouvant seul, je me suis rendu compte que je passais jusqu’à 8 heures par jour sur mon téléphone ». Alors à l’INSA (Institut National des Sciences Appliquées), Célestin fait bientôt le lien entre ses notes en baisse… et son temps d’écran en hausse.
Arrivé malgré tout en deuxième année, il décide de désinstaller ses applications. « J’ai passé un semestre complet sans les réseaux et ai appris à aimer travailler. Je n’avais jamais eu ce sentiment avant. Là, c’était devenu une des choses les plus excitantes de ma journée », reconnaît l’étudiant nantais. Mais comme avec une drogue insidieuse dont on peine à se sevrer, Célestin « retombe dedans » et réinstalle ses applis. « Je pensais que j’allais pouvoir reprendre le contrôle, en vain », culpabilise encore le jeune homme.
Naît en juin 2025 l’idée de Waiki. Derrière ce projet, celui d’une clé qui verrouillerait, le temps désiré, l’accès à certaines applications -les plus chronophages-, libérant ainsi du temps pour faire autre chose que scroller, scroller, scroller…
Du propre aveu de Célestin, « Waiki est une vulgaire puce RFID ». Mais c’est en associant cette puce à une application dédiée que le petit objet à poser ou à aimanter prend tout son sens. Sous iOS ou Android, cette application permet ainsi de sélectionner les applications et sites Web que l’on souhaite pouvoir bloquer lorsque désiré, le temps désiré. Soit toutes les apps, soit celles choisies catégorie par catégorie : Réseaux sociaux ; Jeux ; Divertissement… Ainsi est-il possible de désactiver TikTok et Instagram, tout en gardant accès à Facebook. De bloquer YouTube et Prime Video en laissant active 20 Minutes (mais ce n’est qu’un exemple !). « On peut choisir de bloquer ce que l’on veut, chacun crée ses cas d’usage », décrypte Célestin Alusse.
Et c’est en scannant la petite clé physique Wiki, « comme pour un paiement sans contact » que l’on bloque et débloque l’ensemble des applis et sites Web présélectionnés. Ce geste physique n’est pas anodin. Il est né de la propre expérience du jeune inventeur de Waiki. « J’avais une amie qui, dès qu’elle rentrait chez elle, laissait son smartphone à l’entrée. Pour elle, pas de problème : elle reprenait l’appareil sitôt son travail terminé et parvenait ainsi à limiter son temps d’écran. Impossible pour moi. D’où cette idée de geste à effectuer qui implique une démarche volontariste », explique Célestin. Comme pour baisser et lever une sorte de barrière physique.
Notre rubrique «High-Tech»Un projet financé à 3.258 %
Après avoir prototypé son projet avec des Fab Labs et fabriqué une centaine de clés Wiki en impression 3D, l’étudiant lance une campagne de crowdfunding sur Ulule en février 2026. Bingo : il parvient à financer son projet à… 3.258 % ! Un petit coup de pouce d’un reportage de France 3 Bretagne et le voici avec 1.630 préventes de Waiki en quatre mois… « C’était une super nouvelle pour moi. Moins pour mes parents qui ont vu débouler des imprimantes 3D dans leur garage », s’amuse aujourd’hui Célestin. Succès aidant, il investit dans un moule d’injection plastique en France ; délègue la production de Waiki et la logistique à l’AIPR (Atelier d’Insertion du Pays Rennais), et conçoit un packaging avec une entreprise du Morbihan. Wiki est donc 100 % made in France !
À raison de plusieurs dizaines de ventes chaque semaine depuis la rentrée, le décollage de la petite clé ne fait aujourd’hui plus aucun doute. Selon les nombreux retours, les utilisateurs de Waiki en font un usage personnel, ou l’utilisent en bonne intelligence sur le smartphone de leurs enfants : « après discussion, les parents installent un mot de passe avec des limites de temps d’écran sur leur terminal. Ainsi, il n’y a pas de conflit de contrôle à distance qui induit une relation toxique ou de confiscation de mobile », se félicite Célestin Alusse.
Et Waiki commence à trouver sa place dans des établissements scolaires, comme à l’entrée de la bibliothèque universitaire de l’INSA où les étudiants peuvent scanner Waiki pour pouvoir étudier tranquillement déconnecté le temps resté sur place, puis retrouver leurs applis de prédilection en re-scannant la petite clé en sortant de leur « B.U. ». L’INSA a d’ailleurs prêté des bureaux à Célestin pour l’aider à avancer avec sa petite entreprise. Vendue 26,99 euros, sans abonnement, Waiki risque bien de ne pas connaître la crise. « Et j’ai un emploi du temps aménagé, se félicite le jeune entrepreneur. J’ai des facilités pour rater les cours lorsque j’ai des rendez-vous. Les études restent primordiales. Je veux aller au bout ».