Christophe Séfrin
L'essentiel
- Il y a dix ans, Lunii lançait sa première conteuse numérique nommée « Ma Fabrique à Histoires ».
- Après avoir vendu plus de 3 millions d’appareils, ses créateurs qui voulaient hier éloigner les enfants des écrans veulent désormais aussi les protéger de l’IA.
- En préservant son écosystème, la marque française s’inscrit dans une dynamique vertueuse tout en préservant son ADN.
C’est une petite boîte magique qui est déjà grande. Dix ans déjà que la conteuse audio interactive Ma Fabrique à Histoires et ses déclinaisons imaginées par quatre Français stimulent l’imaginaire des plus jeunes. Créée en 2016, disposant d’un catalogue de plus de 500 livres audio, la firme Lunii revendique aujourd’hui plus de 3 millions de conteuses vendues et plus de 10 millions de livres audio téléchargés depuis dix ans. Face au temps d’écran des enfants qui explose, mais aussi face à la tentaculaire IA qui force les portes de notre quotidien, Lunii souffle ses bougies et réaffirme son ADN.
Continuer à faire germer des idées
« Libre de penser et d’imaginer ». La nouvelle signature de marque Lunii en dit long sur ses motivations. Après avoir martelé « Réveille ton imaginaire », la société fondée en 2014 par Maëlle Chassard, Eric Le Bot, Igor et Thomas Krinbarg, maintient bon le cap : proposer comme elle le fait depuis dix ans aux enfants grâce à ses conteuses audio Ma Fabrique à Histoires ou Flam une alternative aux écrans. Et avec pour ses dix ans plus qu’un vœu, une mission : ne pas laisser les jeunes succomber aux sirènes de l’IA ! « Lorsque l’on s’est lancé, on assistait à une course aux applications, sans se questionner sur l’usage des écrans sur les enfants », se rappelle Maëlle Chassard, cofondatrice de Lunii.
Alors que le tsunami IA dévore tout, l’entrepreneuse de 37 ans veut continuer à faire germer des idées chez les plus jeunes. Pour cela, Suzanne et Gaston, les héros emblématiques des aventures Lunii, retroussent leurs manches. « Oui, on va entrer en résistance pour préserver le développement de nos enfants », plaide Maëlle Chassard face à l’invasive IA auprès des plus jeunes !
Les apprentissages menacés
Il faut dire que les raisons de s’inquiéter ne manquent pas. « On voit que l’IA arrive massivement auprès des petits avec des objets ou des peluches qui en sont dotés. À la clé, le risque d’engendrer des relations beaucoup plus pauvres que celles qu’ils pourraient avoir avec leurs copains, leur famille », décrypte Amélia Matar, spécialiste en éducation au numérique. « Se pose aussi la question des données personnelles collectées par ces objets », renchérit l’experte. Qui s’inquiète surtout sur l’influence de l’IA dans les apprentissages. « 49 % des 8-15 ans disent utiliser l’IA pour faire leurs devoirs ou des recherches. Mais en faisant moins d’efforts, on a moins d’apprentissages. Derrière le sentiment de travailler se trouve ce que l’on appelle l’illusion des compétences. Mais à la fin, quand on interroge l’enfant, il n’a strictement rien appris ». Pire : « l’IA supprime le processus d’erreur, d’incubation, de vide, avec un résultat parfait qui empêche la maturation des réseaux neuronaux », décrypte Amélia Matar. Franchement pas rassurant.
L'actualité autour du monde de l'enfanceUn univers où l’enfant a le pouvoir
Mais alors, quel rapport avec Lunii ? Maëlle Chassard, la cofondatrice de Lunii justifie : « Lorsque l’on crée nos histoires avec notre équipe d’édition interne, on se demande ce qu’elles vont apporter aux enfants. En conservant notre économie créative, avec des auteurs jeunesse, des illustrateurs, avec une écriture interactive qui n’est pas si simple, avec le travail sur la voix, la langue, sur l’habillage sonore, Lunii reste un espace sécurisé qui met l’enfant au centre, en posture de questionnement, où il est celui qui choisit et a le pouvoir ».
Y a-t-il la possibilité qu’un auteur Lunii crée une histoire de toutes pièces à l’aide de l’IA ? « Nous ne sommes pas dans la position où l’on reçoit des manuscrits, que l’on va accepter ou refuser. Nous avons avec nos auteurs une vraie démarche de coécriture, de coconstruction, avec de fortes contraintes d’interactivité autour du texte », souligne Stéphanie Bourgeois, éditrice jeunesse chez Lunii. Contenus originaux, licences (Disney, Harry Potter, Pat’Patrouille, Petit Bambou), Lunii poursuit ses aventures interactives avec ses conteuses Ma Fabrique à Histoires, Ma 1ère Lunii et Flam dont la fabrication a été rapatriée en France dès 2020. Aujourd’hui plus que jamais, ces conteuses promettent que l’IA n’aura pas le mot de la fin.