Comment les cyberdecks, ces micro-ordinateurs « faits maison », veulent mettre les femmes au centre du monde de la tech
Bip Bip Boup•Sur TikTok, ces vidéos cumulent plusieurs millions de vues. Des femmes, spécialistes ou non de technologie, se lancent dans la création de leurs propres micro-ordinateurs, les cyberdecksMaelys Courpotin
L'essentiel
- Sur TikTok, des jeunes créatrices de contenu se sont lancées dans la création de leurs propres micro-ordinateurs. Leur particularité : ils sont intégrés dans des boîtiers personnalisés, dans tous les styles : sirène, cyberpunk, steampunk…
- Derrière ces petits écrans, se cachent de nombreuses revendications politiques. Ces femmes cherchent à s’émanciper du marché de la tech traditionnel et de son côté encore très masculin, et aussi éviter la collecte de données, etc.
- La créatrice de contenu Jessi Lab, ingénieure de formation, crée des objets autour de l’électronique, de l’impression 3D et des objets connectés. Elle explique le phénomène.
Garnis de perles, en forme de coquillage, avec un mini-jardin, à énergie solaire… Les cyberdecks peuvent se prêter à toutes les formes que votre imagination désire.
Ces micro-ordinateurs pullulent sur les réseaux sociaux. Peu coûteux, confectionnés à partir d’objets de récupération, ces outils technologiques sont un moyen pour les femmes de s’émanciper du monde de la tech traditionnelle.
Inspirés de l’univers « cyberpunk »
Les cyberdecks font penser aux fameux « Com poudriers » du dessin animé Totally Spies, ces mini-ordinateurs de poche au look « féminin ». L’inspiration ? Le mouvement « cyberpunk », créé par l’écrivain américain William Gibson, auteur du roman de science-fiction Neuromancien. Un ouvrage dans lequel des hackers conçoivent leurs propres consoles portables, pour se connecter en toute liberté au cyberespace, l’équivalent d’Internet pour le roman de 1984.
Cette idéologie se retrouve dans les cyberdecks. « Ils mettent clairement l’accent sur le « faire soi-même » explique la créatrice de contenu Jessi Lab. Ingénieure dans le domaine de la défense, elle montre des tutoriels pour créer ses propres robots et fait de la vulgarisation autour de la technologie sur ses réseaux. « L’objectif est de créer un ordinateur adapté à ses besoins, que l’on peut facilement modifier et faire évoluer. Ils permettent de mieux comprendre la technologie qui nous entoure et de reprendre le contrôle sur des objets que l’on a l’habitude d’acheter déjà prêts à l’emploi. » Selon elle, c’est une des raisons qui fait leur popularité.
Se créer une place en tant que femme dans le milieu de la tech
Il y a en effet une grande dimension politique derrière ces petits appareils. Si ce sont principalement des femmes qui les créent, c’est parce que le monde de la technologie peut être excluant pour elles. Selon une étude de l’INSEE, elles ne représentaient que 24 % des employés du monde de la tech en 2023. 70 % d’entre elles sont d’ailleurs plus souvent diplômées qu’un tiers des hommes, et ont pourtant moins d’expérience.
Jessi Lab témoigne : « Si l’accès à ces métiers est ouvert à tous, le manque de représentation peut être un frein. » C’est une des raisons pour lesquelles elle a décidé de parler de son métier sur les réseaux. Une démarche proche de celles des créatrices de cyberdecks.
Reprendre le contrôle
Les cyberdecks sont simples et faciles d’utilisation. Pour Jessi Lab, ils ne sont pas destinés à remplacer nos ordinateurs classiques, mais à « proposer une approche différente, plus personnalisée et éducative. Ils permettent surtout de mieux comprendre le fonctionnement du matériel informatique. »
Ce que confirme la créatrice Annike Tan, alias Ube boobey sur TikTok, dans une interview pour le magazine britannique Dazed :
« C’était à la fois l’envie de découvrir un nouveau passe-temps […] et le désir d’avoir une liberté totale sur ma consommation de médias. »
Car la majorité des créatrices de cyberdecks tâtonnent et montrent leur parcours de création du début à la fin. Elles se basent sur des tutoriels YouTube, pour créer des technologies adaptées à leurs besoins. Annike Tan a par exemple choisi de stocker des milliers d’articles Wikipédia dans son premier cyberdeck. Dans un autre, elle a confectionné un lecteur MP3. Mais on peut aussi s’en servir de console de jeux rétro, de Tamagotchi ou même de télévision pour regarder ses meilleures séries.
Le tout, loin de l’IA et des systèmes de collectes de données. Mais ce qui, d’après elle, est le plus intéressant c’est qu’on « ne se contente pas d’utiliser la technologie, on comprend réellement comment elle fonctionne ». Elle souligne aussi l’accessibilité de ces produits. Car la carte qui sert d’ordinateur, créée par Raspberry Pi coûte entre 35 et 80 euros.
Pour Jessi, les cyberdecks ont vocation à se développer, grâce aux nouveaux outils de plus en plus accessibles, comme les imprimantes 3D. « En revanche cela restera davantage un loisir créatif et technique pour des personnes qui aiment créer, apprendre et personnaliser leurs propres outils, ajoute-t-elle, plutôt qu’un produit destiné à remplacer les ordinateurs du quotidien.


















