Le numérique, un gros coup de pif dans le paf

TNT Lancées il y a cinq ans jour pour jour, de nouvelles chaînes se sont installées dans le paysage...

Alice Coffin

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Depuis 2005, les Français utilisent bien plus de boutons sur leurs télécommandes.
Depuis 2005, les Français utilisent bien plus de boutons sur leurs télécommandes. — MEIGNEUX / SIPA

La TNT ne pouvait rêver meilleur cadeau. Hier, les chiffres sont tombés. Et les chaînes de la TNT gratuite, lancées le 31 mars 2005, ont atteint en mars 2010 leur record historique, avec 18,8% de part d'audience. «C'est clairement un succès», note Estelle Boutière, consultante chez NPA, qui a publié une étude sur les cinq ans de la TNT. «Qui va au-delà des prévisions établies en 2005», ajoute-t-elle. Retour et parcours.

 

«Cela s'est bien goupillé»

 

«A l'époque, 75% des Français n'avaient accès qu'à six chaînes, rappelle Gérald Brice-Viret, le directeur de NRJ 12. Grâce à une innovation technique: la télévision numérique terrestre, simple d'accès, cela s'est bien goupillé.» Désormais plus de trois Français sur quatre ont accès à la télé numérique avant un basculement global l'an prochain.

 

Un repositionnement généraliste

 

Pourtant, certains doutaient. A commencer par TF1, qui – preuve des galons gagnés par la TNT – a changé d'avis et vient de racheter la totalité de TMC et NT1. «Il faut saluer le dynamisme de Dominique Baudis, alors à la tête du CSA», note Bruno Gaston, patron de France 4. «Le gouvernement de l'époque aurait dû davantage s'enorgueillir de ce succès, confirme Yannick Bolloré, DG de Bolloré Médias (Direct 8). La télé est le loisir numéro 1 des Français. La TNT représente donc un mieux vivre énorme!»

Un «mieux vivre», qui a demandé quelques ajustements. Au départ, les chaînes avaient un positionnement thématique. Comprendre que NRJ 12 se la jouait chaîne de la jeunesse, France 4 spécialiste du spectacle vivant, d'autres musicales à fond. «Quand on disait qu'on voulait être une généraliste, on nous répondait que ça ne marcherait jamais», se souvient Yannick Bollloré.


«Il y a eu un virage, confirme Estelle Boutière. Toutes ont effectué un repositionnement généraliste.» Désormais, l'info, la fiction, le sport, bref tout ce qu'on peut trouver sur TF1, France 2 ou M6 a sa place sur la TNT. Et la tendance va s'accentuer. «Celles qui par obligation comme Virgin 17 en termes de ­diffusion musicale ou Gulli pour la ­jeunesse doivent restent sur des niches sont celles qui progressent le moins.» En revanche, les généralistes arrivent en tête du classement, à l'instar de TMC, première de la TNT avec 3,2% de PDA et 5e chaîne nationale, ou W9, deuxième avec 2,8%.

 

Les chaînes hertziennes bousculées

 

Ces audiences en progression inquiètent les chaînes historiques. Pour le bonheur des téléspectateurs ? «La TNT n'a pas seulement bouleversé le PAF en apportant des chaînes nouvelles, note Gérald Brice-Viret de NRJ 12. L'émulation a aussi contraint TF1, M6 ou France 2 à renforcer leurs contenus, et les chaînes du câble et du satellite à accentuer leurs thématiques pour mieux se différencier.» D'ailleurs, se différencier les unes des autres, et faire oublier le qualificatif «chaîne de la TNT» sont maintenant les deux principaux défis qui les attendent pour les cinq années à venir.