Yahoo-Microsoft: l'accord à la loupe

INTERNET Ce qui va changer pour vous, pour Yahoo, Microsoft et Google...

Philippe Berry

— 

Yahoo et Microsoft ont annoncé un accord dans la recherche Internet le 29 juillet 2009
Yahoo et Microsoft ont annoncé un accord dans la recherche Internet le 29 juillet 2009 — DR
De notre correspondant à Los Angeles


Ça y est. Après un long feuilleton de 18 mois (qui a vu se succéder un achat avorté de Yahoo par Microsoft, un partenariat Google/Yahoo tomber à l'eau, et le remplacement de Jerry Yang à la tête de Yahoo par la vétérante Carol Bartz), Microsoft et Yahoo ont dévoilé mercredi leur partenariat. Le point central: les recherches sur Yahoo se feront via la technologie de Bing de Microsoft, pour les dix prochaines années. Mais entre les détails financiers et techniques –et même si Yahoo fait une tentative ici et sur un site spécial là– pas évident de s'y retrouver. Tentative pour y voir plus clair. A supposer que les autorités américaines donnent leur feu vert.

 

Ce que cela signifie pour vous, les utilisateurs Yahoo.com ne va pas disparaître. Le site conservera sa vocation première: celle d'être un portail du web. Simplement, on va en quelque sorte revenir à une époque comme en 2000, où Yahoo n'avait pas de technologie interne pour la recherche et utilisait celle de... Google. Bing, le moteur récemment lancé par Microsoft (à la place de Live/MSN search) sera désormais le cœur de la recherche Yahoo. Reste à voir si la page affichera un message «powered by Microsoft» comme il le faisait pour Google. Des innovations de Yahoo pourront malgré tout être greffées, Microsoft ayant un accès complet à la technologie de son partenaire.

Si vous avez un site web utilisant la technologie de Yahoo pour la recherche interne, l'algorithme de Bing prendra le relais.

Yahoo tirant plus ou moins un trait sur la recherche, ce qu'il adviendra de projets de la galaxie Yahoo Search comme Delicious ou BOSS n'est pour l'instant pas clair –et ReadWriteWeb s'en inquiète. Alors que Yahoo était l'un des plus actifs sur les standards ouverts, il sera aussi intéressant de voir la direction que prendra Microsoft/Yahoo.

Enfin, si vous êtes un web master, le site SEOmoz.com livre des conseils pour optimiser votre site pour les algorithmes de Bing afin de le faire apparaitre en bonne place lors d'une recherche.

 

Ce que cela signifie pour Yahoo

Immédiatement, une action qui décroche de plus de 10%. Certains spéculaient en effet toujours sur un rachat pur et dur de Microsoft. Dans le détail, si Yahoo sous-traite sa recherche à Microsoft, il récupère la charge de s'occuper d'une partie de la publicité, avec la «recherche sponsorisée premium». Attention, c'est un peu technique: la technologie pour les campagnes de pay-per-click sera fournie par Microsoft et sa plateforme AdCenter (l'équivalent de AdWord chez Google). Concrètement, si je m'appelle GAP, j'achète aux enchères des mots clés comme «jeans» afin que mon site apparaissent dans les premiers résultats des «sites sponsorisés» (en haut ou à droite). A chaque fois qu'un internaute clique sur mon lien, je reverse X centimes à Google/Yahoo/Microsoft. Le montant par clic peut atteindre des dizaines de dollars pour des noms de maladies rares comme «Mesothelioma», très prisée des cabinets d'avocats américains. Si tout cela est souvent géré automatiquement pour les «petits» clients, les géants de la recherche comptent de nombreux commerciaux chargés de décrocher des contrats auprès de grandes entreprises, voire de gérer pour elles de A à Z des campagnes de pay-per-click dans lesquelles les clients dépensent parfois plusieurs centaines de milliers de dollars par mois. C'est principalement de cette dernière partie «premium» dont s'occupera Yahoo.

Au total, entre les synergies et les dollars reversés par Microsoft pour le trafic apporté par Yahoo, l'entreprise table sur un gain annuel de 500 millions de dollars.

 

Ce que cela signifie pour Microsoft

Poursuivre son offensive sur le front de la recherche. Il y eu l'attaque directe, avec Bing, plutôt bien reçu –le budget marketing monstre a bien aidé, avec des pubs sur le web (notamment sur Facebook dont Microsoft possède 10%) ou matraquées sur des radios «jeunes» comme Kroq à Los Angeles. Le partenariat avec Yahoo permet de créer un acteur qui pèsera environ 30% du marché de la recherche.

 

Ce que cela signifie pour Google

Dans le communiqué de presse de Yahoo, Google n'est pas nommé directement, mais presque: «Les publicitaires n'auront plus à se reposer uniquement sur une compagnie qui domine avec plus de 70% de la recherche.»

Dans tous les cas, que Google soit titillé le forcera à innover. Mais il serait surprenant de voir un changement brutal dans les parts de marché. Car avec son monopole bien établi, Google dispose d'un avantage impossible à quantifier: le conservatisme inhérent à la nature humaine, peu encline à changer lorsque quelque chose marche suffisamment bien. Les «Google killers» comme Cuil ou Wolfam Alpha l'ont appris à leurs dépens. Le petit dernier Blekko l'a d'ailleurs bien compris: il reste pour l'instant en mode sous-marin afin d'éviter la hype médiatique et les attentes démesurées.

Que vous inspire cet accord? Qui en est le principal gagnant selon vous?