«Hadopi, quand ça veut pas...»

REVUE DE WEB Au lendemain de la censure de la riposte graduée par le Conseil constitutionnel, l'heure est à l'euphorie pour les opposants au texte...

Sandrine Cochard

— 

 
  — Quadrature du Net

Au lendemain de la censure de la riposte graduée par le Conseil constitutionnel, la loi Hadopi est en passe de devenir la plus grande farce de la législation française. «C’est l’histoire d’un texte qui aura connu tous les malheurs prévus par la Constitution de la Ve République, analyse "France Soir" qui évoque un "Texte maudit". Retoquée partiellement mercredi par le Conseil constitutionnel, la loi Création et Internet a ainsi réalisé une sorte de "grand chelem" parlementaire: le couac, le rejet européen, la censure.»
 
Coma
 
Une destinée funèbre qui vaut au texte de se voir adresser une couronne mortuaire par le collectif «La Quadrature du Net», fidèle opposant à la loi depuis plus d’un an. Même oraison funèbre sur le blog de Maître Eolas. «La loi Hadopi est donc allée devant le Conseil Constitutionnel comme César est allé aux Ides de Mars: pour y rencontrer sa fin», souligne l’avocat pour qui la loi «est en coma dépassé: son corps vit encore mais son esprit a basculé dans le néant.»
 
Ailleurs, les anti-Hadopi savourent leur victoire. Sans pour autant poser les gants de boxe. Le blog Stan&Dam revient ainsi avec humour sur la décision du Conseil constitutionnel en proposant un décryptage en six rounds façon «Mortal Kombat». Distribuant les «fail» et les «win», les fameux gimmicks du jeu vidéo, à tout va, le blogueur Stan conclut par: «peuple français win». Sans oser attribuer, pour le moment, un KO final à Christine Albanel.
 
«Sarkozy et Albanel sont ridiculisés»
 
Car pour les internautes, la décision du conseil est d’abord synonyme de défaite pour la majorité. «Sarkozy et Albanel sont ridiculisés», affirme le blog Zgur, qui réclame au passage la démission de la ministre de la Culture. «Pour le gouvernement, Hadopi, c'est vraiment la lose, renchérit le blog Chemins d’avenir. C'est le problème des lois profondément idiotes: ça finit toujours par se voir.» Selon lui, la décision du Conseil constitutionnel devrait être un révélateur d’une politique dépassée. «De bout en bout, Hadopi est révélatrice de l'actuel gouvernement, poursuit Chemins d’avenir. Des lois votées pour donner le change quand bien même elles sont fondamentalement inefficaces et décalées par rapport à la réalité, et qui aboutissent à un empilement législatif abscond. L'entêtement autiste d'une majorité incapable d'écouter même quand les signaux concordants arrivent de partout en même temps.» Un «fail» législatif et gouvernemental épinglé par l’influent blog américain Ars technica.
 
Mais la cible privilégiée du Net reste la ministre de la Culture. «Christine est arrivée en courant, en pleurant, en se mouchant. Elle a traversé la cour de l’Elysée en se retenant de hurler, a gravi les marches du perron quatre à quatre, aime imaginer le blog Bienbienbien. "Je veux voir le président, je veux voir le président" a-t-elle expliqué, comme si le ciel lui était tombé sur la tête. Devant elle, Frédéric Lefebvre, le poing en sang à force de marteler le mur d’en face, hurlait: "Ce n’est pas une rebuffade, c’est un petit hoquet, c’est la faute de la gauche et de ces salopards d’internautes!"» Comme le souligne nombreux d’internautes ce jeudi, le tourbillon provoqué par la décision des Sages tient en une formule simple: Internet 1 – Christine 0. Un site propose déjà de parier sur la date et la manière dont Christine Albanel quittera son ministère. Game over?