«Nous cherchons tous à allonger la durée de vie des produits» estime le directeur de la chaîne de réparation Save

INTERVIEW Charles Bocquillon, directeur de la chaîne de répartition pour smartphones Save, revient notamment sur le programme Independent Repair Program (IRP) lancé par Apple, qui permet aux réparateurs de proposer des pièces d’origine

Christophe Séfrin
Les écrans brisés représentent 69% des dommages rencontrés par les smartphones
Les écrans brisés représentent 69% des dommages rencontrés par les smartphones — DR
  • Apple vient de déployer son programme Independant Repair Program qui permet aux réparateurs indépendants agréés de réparer les iPhone avec des pièces d’origine.
  • Directeur de la chaîne de répartition pour smartphones Save, Charles Bocquillon dévoile le principe de l’IRP qui tombe à pic, alors que de plus en plus de consommateurs préfèrent réparer leur smartphone que d’en changer.
  • Attention néanmoins, les pièces d’origine d’Apple sont coûteuses et selon son modèle d’iPhone, des pièces compatibles restent plus économiques.

Décrochez l’IRP ! Lancé par Apple il y a quelques semaines, l’Independant Repair Program permet désormais aux réparateurs agréés de proposer des pièces d’origine pour la réparation des iPhone. Cette possibilité n’était jusqu’alors donnée qu’aux revendeurs agréés (FNAC, Darty…) et, bien évidemment, aux Apple Store. A la tête de la chaîne Save (186 boutiques en France), Charles Bocquillon décrypte pour « 20 Minutes » les ressorts de l’IRP dans un marché de plus en plus tournée vers la réparation…

Qui dit réparation de smartphone, dit souvent pièces génériques. Qu’en est-il exactement ?

Il faut savoir que l’on peut réparer un smartphone avec des pièces dites « compatibles », ou avec des pièces d’origine. Dans ce second cas, la réparation repose sur un agrément avec les constructeurs, comme c’est le cas pour notre enseigne avec Samsung depuis 2011, puis avec Xiaomi et Huawei. Depuis peu, le programme Independent Repair Program (IRP) d’Apple permet aux réparateurs indépendants, comme ceux du réseau Save, de réparer des iPhone avec des pièces d’origine.

Qu’implique ce programme spécifique à Apple ?

Nous avons avec Apple un contrat d’agrément, avec un accès exclusif aux pièces d’origine. Outre l’accès aux composants de la marque, ce programme nous permet de garder le droit d’utiliser des pièces compatibles dans nos magasins. Nous sommes tenus de proposer les deux aux clients.

En revanche, nous ne pouvons pas réparer un iPhone sous garantie : son possesseur doit aller chez un revendeur agréé, ou un Apple Store pour profiter d’une réparation gratuite si elle est prise en charge par la garantie. Si, pour une raison ou une autre, un de nos clients nous demandait d’intervenir sur un iPhone sous garantie, il devrait s’acquitter des frais et ne serait pas remboursé par le constructeur.

Charles Bocquillon, directeur général de Save.
Charles Bocquillon, directeur général de Save. - SAVE

Cela vaut-il la peine d’utiliser des pièces d’origines, généralement plus onéreuses ?

Tout dépend des modèles. Sur un iPhone 7, par exemple, un écran compatible vaut 100 euros, alors qu’un écran d’origine en coûte 200. Evidemment, c’est assez difficile dans ces conditions de vendre des pièces d’origine aux clients… Mais les choses évoluent avec les modèles les plus récents. Un écran compatible iPhone 11 Pro Max coûte 289 euros, contre 389 euros pour un écran d’origine. Quant à l’iPhone 12 Pro Max, il faudra compter 389 euros pour un écran compatible… et le même tarif pour une dalle d’origine !

Et pour l’iPhone 13 ?

On constate toujours un délai de six mois à un an entre la sortie d’un nouvel iPhone et l’arrivée de ses pièces compatibles sur le marché. Pour le 13, il n’y a toujours pas de pièces compatibles ! Techniquement, cela devient d’ailleurs de plus en plus compliqué de fabriquer des composants compatibles pour les derniers iPhone. Le système de reconnaissance faciale Face ID doit notamment être lié à l’écran. Il y a beaucoup de technologie dedans. Lorsque l’on change l’un sans l’autre, cela peut poser problème. Ainsi, on sait changer l’écran, remplacer Face ID, mais au risque que le logiciel de reconnaissance faciale se bloque ensuite…

Généralement, vers quels types de composants s’orientent les clients : compatibles ou d’origine ?

On leur explique la différence entre les deux et ce sont eux qui choisissent. Nous constatons qu’actuellement, 10 à 15 % de nos clients optent pour les pièces d’origine. Mais tout notre réseau n’est pas encore déployé. Nos réparateurs participent pour cela à de sessions de formation et nous investissons dans du matériel spécifique, comme des outils de calibrage pour Face ID. On estime que dans 12 à 18 mois, on sera autour de 30 à 40 % de réparations avec pièces d’origine. Le dispositif d’incitation à la réparation mis en place progressivement par la France dans les prochains mois y contribuera.

En quoi consiste ce futur fond de réparation ?

Le principe consiste à allonger la durée de vie des produits, avec un fonds commun entre les constructeurs et l’Etat. Cela va inciter à la réparation, et permettre au réparateur de réduire la facture du client. Nous allons ainsi pouvoir déclarer à l’Etat une réparation, avec un devis. Avec ce dispositif géré par l’organisme ecosystem, nous pourrons ainsi effectuer des remises aux clients, la différence étant prise en charge par le fond de réparation. Pour orienter le client vers des solutions de qualité et éviter la fraude, les réparateurs devront être certifiés « QualiRépar ».

Pour pouvoir réparer les iPhone avec des pièces d'origine, un agrément est nécessaire.
Pour pouvoir réparer les iPhone avec des pièces d'origine, un agrément est nécessaire. - SAVE

Justement, constatez-vous déjà auprès de vos clients une plus grande appétence pour allonger la durée de vie de leur smartphone ?

Oui, il y a un mouvement qui s’opère. Et l’innovation technologique a ralenti, elle est beaucoup plus logicielle désormais, comme avec le paiement sans contact. Ainsi, les gens ont-ils moins envie de changer rapidement de smartphone.

Parmi les consommateurs, on distingue cependant les « nomophobes », qui représentent 60 % des personnes, environ. Ce sont celles qui ont peur de ne plus être avec leur téléphone et coupées du monde. Elles feront réparer leur smartphone quoiqu’il arrive. Ensuite, il y a les clients qui font réparer par intérêt économique. Ils savent qu’ils y gagnent, même si pour eux, le smartphone reconditionné est une alternative crédible. En troisième position, nous trouvons les clients qui font réparer par motivation écologique.