Eurodrone : Le projet de drone européen va enfin être lancé, avec des années de retard

TECHNOLOGIE La signature du contrat était initialement prévue pour 2019 entre les quatre partenaires européens

20 Minutes avec agences
— 
L'Eurodrone devra aussi pouvoir s’insérer dans le trafic aérien civil (illustration).
L'Eurodrone devra aussi pouvoir s’insérer dans le trafic aérien civil (illustration). — Fleglsebastian7 - PixaBay

Après des années de retard et de conflits, l’Eurodrone va enfin voir le jour. L’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne ont signé jeudi le contrat pour développer ce futur drone, notamment destiné à ne plus dépendre du Reaper américain.

Le contrat a été notifié à Airbus, chef de file industriel du projet. L’italien Leonardo et le français Dassault Aviation y participent aussi. D’un montant de 7,1 milliards d’euros, le projet prévoit le développement de l’appareil, la livraison de 60 drones (soit 20 systèmes) et leur entretien pendant cinq ans. L’Allemagne a commandé sept systèmes, l’Italie cinq, la France et l’Espagne quatre chacune.



Souveraineté de l’industrie européenne

Le premier vol est prévu en 2026 et les premières livraisons en 2028, a indiqué Jean-Brice Dumont, patron des avions militaires chez Airbus. Bimoteur de 30 m d’envergure et d’une masse au décollage de 10 tonnes, l’Eurodrone fournira une capacité de surveillance, voire de frappe aérienne, pendant une vingtaine d’heures. Il devra aussi pouvoir s’insérer dans le trafic aérien civil.

« Ce programme donnera naissance au système de drone le plus avancé de sa catégorie, générera plus de 7.000 emplois hautement qualifiés et renforcera la souveraineté de l’industrie européenne », a déclaré le président d’Airbus Defense and Space, Mike Schoellhorn, dans un communiqué.

Des drones aux quatre coins du monde

Lancé en 2015 après l’échec de plusieurs précédents programmes européens, l’Eurodrone doit permettre aux Européens de rattraper leur retard dans le domaine des engins volants pilotés à distance. Il doit aussi permettre de s’affranchir de la dépendance vis-à-vis des Reaper américains ou Heron israéliens, dont sont équipés les quatre pays.

Les Américains préparent déjà le successeur du Reaper, qui aura vocation à être plus endurant et plus furtif. La Turquie a de son côté fait de l’exportation de ses drones TB2, utilisés notamment lors du conflit au Haut-Karabakh à l’automne 2020, un levier de son influence internationale.

Des retards qui inquiétaient

Le programme bénéficie d’un financement de l’Union européenne de 100 millions d’euros. Le contrat signé jeudi était attendu fin 2019, mais les négociations entre les Etats et les industriels, sur les prix notamment, ont été rugueuses. L’Allemagne a obtenu que le drone soit bimoteur, quand la France n’en souhaitait qu’un pour que l’appareil soit plus léger et moins coûteux.

Paris voulait en revanche que l’appareil puisse être armé : 58 % des frappes aériennes réalisées en 2020 par l’armée française ont été effectuées par des drones. Le retard du projet a inquiété dans l’Hexagone. « Même si les performances de l’Eurodrone devraient être nettement supérieures à celles du Reaper […], on peut craindre qu’au moment de sa livraison, elles soient, du fait des retards […], en décalage avec les dernières technologies », affirmaient des sénateurs dans un rapport en juin 2021.

« On n’a pas l’intention d’arriver avec le drone d’avant-hier quand il rentrera en service », a tenu à rassurer Jean-Brice Dumont. Le programme étant maintenant lancé, Airbus doit encore décider de sa motorisation et choisir entre l’italien Avio Aero, filiale de l’américain General Electric, et le français Safran.