Les pure players s'imposent sur le Net français

INTERNET Slate.fr, déclinaison française de Slate.com, s'est lancé ce mardi. Mais c’est quoi, un pure player?

Sandrine Cochard

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Considérés comme des médias alternatifs il y a encore un an, ce nouveau modèle de site séduit de plus en plus.

Qu’est-ce qu’un pure player?

C’est une société dont l’activité fonctionne uniquement sur Internet. Il existe des pure player commerciaux, comme Amazon, ou d’information, comme Mediapart. Ces sites d’informations diffusent leur contenu exclusivement en ligne, sans support imprimé. Pas comme 20 Minutes ou Le Figaro, diffusés à la fois en ligne et sur papier.
 
Combien sont-ils en France?
Les huit principaux sont Mediapart, Rue 89, Lepost.fr (lancé par Lemonde.fr), e24 - dont 20 Minutes est actionnaire, Slate.fr (voir encadré), Arrêt sur images (ASI) et Bakchich (qui a fusionné avec un autre pure player appelé De Source sûre pour créer Bakchich.tv). A noter: Rue 89 a lancé d’autres sites à partir de son modèle: Eco89, Rue69 et Marseille89.
 
Quel est leur modèle économique?

Arrêt sur images et Mediapart ont misé sur le modèle payant, en incitant les internautes à s’abonner pour lire leurs contenus. Le premier propose différents prix, de 12 à 30 euros l’année. Même logique pour le second qui affiche des prix mensuels de 5 à 15 euros, sachant que le tarif normal est de 9 euros par mois. Slate.fr, lepost.fr, e24.fr, ou Rue89.com sont, eux, gratuits. Quant à bakchich.info, il ne fait payer que les confidentiels, les «off», à 1 euro l’unité.

Comment les pure players sont-ils financés?
Les revenus de Mediapart et ASI proviennent des abonnés. Les autres pure players ont des revenus publicitaires. En attendant d’être rentable grâce à la pub ou les abonnements, tous disposent de fonds. Par exemple, Slate.fr, qui dispose d’un capital de 3 à 3,5 millions d’euros «sur plusieurs années», est d’abord financé par ses fondateurs. «Leur part est majoritaire et le restera», assure Eric Leser, le directeur général du site, interrogé par 20minutes.fr. A cela s’ajoute un fond d’investissement gardé pour l’instant secret, les discussions étant toujours en cours. Le nom de Lagardère, un temps évoqué, n’est plus d’actualité, confirme Eric Leser. La publicité et la vente de contenus à d’autres médias, notamment à l’opérateur de téléphonie Orange, complètent les sources de revenus du site. Le capital de départ reste la base de tout pure player. Mediapart avait rassemblé presque 3 millions d’euros pour son lancement, le 16 mars 2008: 1,325 million de cette somme provient de la poche des fondateurs du site (soit environ 60%) et le reste vient des investisseurs et de la «Société des Amis de Mediapart».
 
Quelle est leur audience?
Pour Mediapart, l’objectif affiché est de rassembler entre 60.000 et 65.000 abonnés à la fin de la troisième année d’existence du site (soit fin 2010). Mais pour l’instant, l’audience stagne. Au 26 décembre 2008, ils avaient récolté 14.000 abonnés. Soit bien moins que les 20.000 à 25.000 attendus. Rue89 et Lepost.fr sont les deux seuls pure players à apparaître dans le top du classement Médiamétrie Net Ratings: en décembre 2008, Lepost.fr a fait un peu plus de 2 millions de visiteurs uniques quand Rue89 en a enregistré plus d’un million.

Mise à jour: dans la première version de cet article, nous avions omis de citer Lepost.fr. Oubli rectifié. Nous leur présentons nos excuses.

Slate.fr, késako?
Le site est une déclinaison du site américain Slate.com, site pionnier des pure players aux Etats-Unis, lancé en 1996. Il propose un traitement différent de l’actualité. «Nous ne sommes pas en concurrence ave les sites d’informations, nous envisageons même des partenariats avec eux», explique Eric Leser. Il s’agira d’y montrer un «journalisme distancié, ironique et pointu» selon le rédacteur en chef Johan Hufnagel (ex-rédacteur en chef de 20minutes.fr).