«Les gens décorent leur page MySpace comme ils décorent leur intérieur»

INTERVIEW Travis Katz, DG de MySpace, est au Web08 pour parler du réseau social aux 250 millions d'inscrits...

Propos recueillis par Alice Antheaume et Vincent Glad

— 

Travis Katz, directeur général de MySpace
Travis Katz, directeur général de MySpace — DR

Dans les couloirs du Web08, la conférence organisée par Loïc Le Meur, on croise quelques grands patrons de l'Internet. Et notamment Travis Katz, DG de MySpace, qui la joue jeune cool à la chemise ouverte, mais qui doit quand même veiller sur un mastodonte aux près de 250 millions d'utilisateurs. En période de crise, mieux vaut dire que tout va bien. Et comme tout va bien (tout du moins en apparence), parlons un peu de l'évolution de MySpace.

Il se murmure que Google pourrait procéder à des milliers de licenciements. Est-ce que la crise touche aussi MySpace?
Non, nous continuons de grandir et de recruter. C'est une crise très sérieuse, les annonceurs dépensent moins en général, mais on se rend compte qu'ils coupent surtout les budgets dans les médias traditionnels (télévision, presse écrite, affichage). Sur le Web, la publicité reste moins chère et plus ciblée en fonction des goûts des utilisateurs.

Facebook vient d'ouvrir un bureau en France, sa première implantation en Europe occidentale. Que représente le marché français pour MySpace?

C'est un marché très important. Avec 4 millions d'inscrits, la France est notre plus gros pays non-anglophone. MySpace est un site de pop culture, avec beaucoup de musique, d'art, de mode, et donc la France nous correspond bien. D'ailleurs, Carla Brouuuuuni [avec l'accent, ndlr], la femme de votre président, a mis son dernier album en exclusivité sur Myspace. La France est un pays assez unique, plein de créativité, et nous aimons ça.

MySpace est très orienté vers les contenus culturels et notamment sur la musique. Beaucoup plus en tout cas que votre grand concurrent, Facebook. Vous essayez d'aller au-delà du simple réseau social?
Oui, MySpace veut incarner une nouvelle génération de portails, un portail social en quelque sorte. Certes, nous avons toutes les fonctions d'un réseau social classique (créer un profil, poster des photos, envoyer des messages…), mais nous sommes aussi le premier site Web musical au monde et le deuxième en termes de vidéo [derrière YouTube, ndlr]. Les gens utilisent notre site différemment des autres réseaux sociaux, ils y passent vraiment du temps pour découvrir les contenus.

Le président de MySpace, Chris DeWolfe, affirme que nous sommes entrés dans une nouvelle ère, celle du management de l'identité. Qu'est-ce que ça veut dire, au juste?

Les internautes considèrent MySpace comme leur maison sur Internet et ils décorent leur page comme ils décoreraient leur intérieur. Quand vous visitez la page de quelqu'un, vous pouvez apprendre beaucoup sur lui en regardant les photos qu'il a choisies, la couleur qu'il privilégie ou la musique qu'il a mise en fond sonore. Les gens passent beaucoup de temps à customiser leur page MySpace et à constituer leur identité virtuelle, c'est pour ça que nous avons lancé MySpace ID, qui permet d'utiliser son profil MySpace en l'exportant sur d'autres sites. Tout le Web devient d'un coup plus social.

Le thème principal de la conférence «Le Web», cette année, est l'amour. On sait qu'il y a beaucoup de rencontres qui se font sur MySpace. Essayez-vous d'en tirer profit? Est-ce un axe de développement stratégique?
Nous ne nous voyons pas spécifiquement comme un site de rencontres, mais il est vrai que beaucoup d'internautes trouvent l'amour sur MySpace. Et d'ailleurs, c'est là que j'ai rencontré ma femme. C'est notamment dû au fait que le moteur de recherche permet de trouver facilement, par exemple, toutes les filles qui ont entre 23 ans et 27 ans et ont une adresse avec le même code postal que le mien. Mais, nous ne focalisons pas là-dessus en termes de business, les choses se font toutes seules, puisque MySpace rapproche les gens qui ont les mêmes centres d'intérêt, les mêmes goûts culturels.