Instagram: Pourquoi les catholiques l'investissent de plus en plus pour évangéliser et partager leur foi?

RELIGION 2.0 Les institutions catholiques et les fidèles de l’Eglise se montrent de plus en plus présents sur Instagram, un réseau quasiment taillé sur mesure pour les personnes souhaitant partager leur foi

Marie De Fournas

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Instagram est de plus en plus investi par les catholiques.
Instagram est de plus en plus investi par les catholiques. — Création 20 Minutes avec photos Pixabay / geralt / Tumisu
  • Instagram est de plus en plus investi par les fidèles et les institutions catholiques pour y vivre et partager leur religion.
  • Un réseau social moins houleux que Twitter et Facebook et au format propice à l’évangélisation.
  • Une experte des religions et une experte d’Instagram ont décrypté le phénomène pour 20 Minutes.

Pour ces influenceurs Instagram, le placement produit c’est Jésus. Cette année, la période de Noël a mis en lumière la présence toujours plus grande et affichée des catholiques sur Instagram. Photo de crèches, calendrier de l’Avent et extraits de psaumes, le tout accompagné de hashtags tels que #avent2019, #chretienlifestyle, #catho, ou encore #evangiledujour. Des publications de fidèles qui n’ont pas peur d’afficher leur foi, mais aussi de personnalités et d’institutions religieuses, car aujourd’hui, presque toutes possèdent un compte.

Leur présence sur le réseau n’est pas vraiment étonnante. Lors de la journée mondiale des communications sociales en juin dernier, le pape François a estimé, dans son message annuel, que l’Église avait toujours cherché à promouvoir l’utilisation des réseaux « au service de la rencontre et de la solidarité », le désir de l’homme étant par essence « de ne pas rester dans sa solitude ». « L’Eglise catholique a toujours investi les nouveaux médias utilisés par les fidèles, assure à 20 Minutes Isabelle Jonveaux, sociologue des religions et Internet. L’idée c’est de parler la même langue qu’eux. »

« Face cam de l’Avent » et mèmes louange

Un langage totalement adopté par certains comptes comme la mission jeune de la communauté Chemin neuf qui organise des « défis » pour accueillir Jésus, des « face cam de l’Avent », publie des mèmes religieux et gère les hashtags et les émojis comme personne.

«Les posts et les stories permettent de prolonger le lien avec sa communauté au-delà des temps partagés IRL (dans la vie réelle) comme la messe, commente pour 20 Minutes Charlotte Hervot, auteure du Petit guide de survie sur Instagram. On voit que certains ont tout compris, comme le compte@eglisecatho avec ses stories sondages ou la reprise du célèbre hashtag #jeudiconfession avec la mention (la vraie). C’est bien vu ! »

Instagram, the « safe place »

Si la communauté est encore loin de dépasser celle de Twitter ou de Facebook, les fidèles présents sur Instagram jouissent de nombreux avantages pour vivre pleinement leur foi. « L’appli permet de renforcer le sentiment d’appartenance à une communauté. En suivant quelques comptes et des mots-clés, l’algorithme va proposer de plus en plus de contenus du même genre », explique Charlotte Hervot. S’il y a un risque de renfermement sur soi-même, cela évite aussi que « quelqu’un de potentiellement opposé à leurs idées, tombe sur ces publications au hasard ».

Pour l’auteure, cela fait d’Instagram, « une sorte de "safe place", où les gens seront peut-être plus à même de s’exprimer sur leur foi que sur Twitter, qui n’est pas réputé pour sa bienveillance ». « Instagram est plutôt le média des jeunes, ou l’on partage les choses importantes pour soi, tandis que Twitter et Facebook sont les médias du débat, plus prisés par les générations au-dessus qui s’est pas mal repolitisée et remobilisée ces dernières années, notamment avec le mariage pour tous », analyse Isabelle Jonveaux. Loin des trolls et des discussions sans fin (ni fond parfois), Instagram apparaît comme une terre de paix, propice à l’évangélisation.

Célébration du beau et de l’authentique

Un format très utilisé par les institutions est celui de la photo d’un court texte ou d’une citation écrite dans une jolie typographie. « On en trouve beaucoup sur les thématiques psycho et développement personnel, mais ça fonctionne très bien avec des extraits de textes religieux. C’est hyper facile à créer et à repartager », souligne Charlotte Hervot. Un format que le compte Eglisecatho, géré par la Direction de la communication de la Conférence des évêques de France, a choisi d’utiliser pour poster chaque jour de l’Avent, des extraits de psaumes, prières ou citations.

Mais pour transmettre la parole du Seigneur, certains comptes s’avèrent plus efficaces que d’autres. « Ceux liés à une personne qui est mise en scène et partage ses messages personnels ont bien plus de succès que ceux des institutions, constate Isabelle Jonveaux. Il y a une part d’authenticité qui est très appréciée. » Par exemple le compte du Diocèse de Paris, qui depuis mai 2016 a posté presque 500 publications, compte près de 2.960 abonnés. C’est à peine 850 de plus que le compte de Mgr Aupetit, archevêque de Paris, alimenté d’une trentaine de publications depuis seulement juillet dernier. Son compte est pourtant lui aussi tenu par le Diocèse de Paris.

Rendre la Bible instagramable sans altérer le contenu

Mettre en avant l’humain, les dominicains du couvent St Hyacinthe en Suisse l’ont aussi bien compris. Leur compte est presque exclusivement composé de vidéos, postées plusieurs fois par semaine, dans lesquels ils se filment à tour de rôle face caméra pour expliquer l’Évangile du jour (avec à chaque fois le hashtag #evangiledujour bien sûr). Une façon pour cet ordre de prêcheurs de contourner un des bémols d’Instagram : la forme prime souvent sur le fond.

«Il y a un réel défi pour faire passer un message en adoptant les codes du réseau, sans altérer le contenu de ce message, souligne la sociologue des religion et Internet. Les institutions doivent aussi apprendre avoir une communication à plusieurs niveaux. Cela demande de s’investir et de trouver des personnes compétentes pour le faire. » En effet, l’experte rappelle qu’un compte mal tenu avec peu de publications ou qui utilise mal les codes du réseau perd en crédibilité. « C’est même plus contre-productif que de ne pas en avoir. »