A l'approche du 30e anniversaire de Tiananmen, Twitter suspend «par erreur» des comptes de dissidents chinois

CHINE Le réseau social a bloqué vendredi soir et samedi matin une centaine de comptes d'utilisateurs, des avocats, des activistes, des étudiants et des défenseurs des droits de l'homme en Chine

H. B.

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Des militaires chinois près de la place Tiananmen.
Des militaires chinois près de la place Tiananmen. — AFP PHOTO / Nicolas ASFOURI

Véritable censure ou simple erreur ? Trois jours avant le 30e anniversaire de la répression sanglante de Tiananmen, Twitter a suspendu les comptes de plusieurs dissidents chinois. Le réseau social a bloqué une centaine d’utilisateurs, des avocats, des activistes, des étudiants et des défenseurs des droits de l’homme en Chine, note le New York Times.

Ces suspensions de comptes se seraient produites vendredi dans la soirée et samedi matin. « Un grand nombre de comptes chinois@Twitter sont actuellement suspendus », a tweeté samedi Yaxue Cao, fondateur et rédacteur en chef de la publication américaine China Change. « Ils arrivent à critiquer la Chine, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Chine. »

Une simple erreur due à des « filtres hyperactifs », selon Twitter

L’information a été relayée ce week-end par de nombreux internautes. Certains dénonçant une censure de Twitter, d’autres craignant une nouvelle offensive de Pékin sur les réseaux sociaux. « Twitter a apparemment suspendu un grand nombre de comptes d’opposants chinois (…) Twitter est devenu un censeur du gouvernement chinois », a même tweeté ce samedi le sénateur républicain de Floride, Marco Rubio.

Dans un communiqué publié samedi sur son fil consacré aux politiques publiques, Twitter​ a déclaré qu’un « nombre de comptes » avait été suspendu dans le cadre des efforts visant à cibler les comptes se livrant à une « manipulation de la plateforme ». Selon le réseau social, ce serait donc « les filtres hyperactifs » de la plateforme qui seraient à l’origine de ces suspensions inopinées de comptes.

De nombreux sites bloqués

Les efforts du régime communiste pour empêcher cette année toute commémoration de la tuerie du 4 juin 1989 « sont plus fermes » qu’à l’habitude, estime Cao Yaxue, fondateur de l’association de défense des droits de l’homme « China Change », basée à Washington. Plusieurs défenseurs des droits de l’homme ont été placés en détention en Chine, ces dernières semaines.

Les censeurs du régime expurgent également l’Internet de toute allusion aux événements de 1989 depuis quelques jours. Huya et YY, deux sites très populaires de vidéos en ligne, ont annoncé qu’ils allaient suspendre leurs diffusions en direct respectivement jusqu’aux 6 et 7 juin, officiellement pour « raisons techniques ». Bilibili, une autre plateforme de vidéos en ligne, bloque de son côté les commentaires sur ses vidéos jusqu’au 6 juin. L'encyclopédie en ligne Wikipédia, déjà bloquée en chinois, est désormais bloquée dans toutes les langues.

La tuerie du 4 juin 1989, qui a mis fin à sept semaines de manifestations à Pékin contre la corruption et pour davantage de démocratie, reste un sujet tabou en Chine.

Une lettre pour raviver la mémoire de Tiananmen