Incendie de la gendarmerie de Grenoble: Qu’est-ce qu’Indymedia, «l’agence de presse de l’extrême gauche»?

CYBERACTIVISME Indymedia sert de plate-forme de revendication pour toutes les actions des groupes antifascistes…

Olivier Philippe-Viela

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Des pompiers le 21 septembre 2017 à Grenoble, devant la gendarmerie incendiée.
Des pompiers le 21 septembre 2017 à Grenoble, devant la gendarmerie incendiée. — AFP
  • Les incendies à Grenoble et Limoges ont été revendiqués sur le même site web.
  • Indymedia sert de relais aux causes de l’extrême gauche depuis 2009.
  • Une version allemande a été interdite en août par les autorités locales.

Au lendemain de l’incendie volontaire d’une partie de la gendarmerie de Grenoble, dans la nuit de mercredi à jeudi, et avant cela de la caserne Jourdan de Limoges, dans la nuit de lundi à mardi, ces attaques ont été revendiquées par plusieurs groupes d’ultra-gauche via la même plate-forme, le site Indymedia.

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« L’antenne » de Grenoble a publié un communiqué jeudi relayant le message des auteurs de l’incendie d’un garage et d’un entrepôt de la gendarmerie, qui a détruit une trentaine de véhicules et de nombreux scellés d’affaires en cours. « Cet acte s’inscrit dans une vague d’attaques de solidarité avec les personnes qui passent en procès ces jours-ci », écrit le collectif « des nocturnes ». Le procès en question, c’est celui du militant antifa accusé d’avoir agressé un policier en marge d’une manifestation à Paris le 18 mai 2016.

« Notre hostilité est un feu qui se propage »

Indymedia rassemble les communiqués, revendications et tracts politiques de toutes les sensibilités de l’extrême gauche. Contactés par 20 Minutes, les gestionnaires du site grenoble.indymedia.org ont refusé toute communication orale, et ne souhaite pas parler du fonctionnement de la plate-forme.

« Ça marche comme une petite agence de presse d’extrême gauche, qui relaie les appels à manifester, les pétitions et les textes révolutionnaires souvent marqués par une touche de poésie », détaille Christophe Bourseiller, journaliste et écrivain spécialiste de cette mouvance politique. La touche de poésie, dans le communiqué sur l’incendie grenoblois, ça donne par exemple un « notre hostilité est un feu qui se propage » en chute de texte.

« Leur ligne politique, c’est l’ultra-gauche »

Créée en 2009, Indymedia est une plate-forme d’origine américaine, présente dans plusieurs pays, avec des antennes françaises à Nantes et Grenoble en particulier (celle de Paris a fermé en 2014). La principale version allemande a été interdite le 25 août à la suite d’une perquisition des autorités, dans la foulée des émeutes en marge du G20 début juillet à Hambourg. Le ministre de l’Intérieur germanique, Thomas de Maizière, s’était justifié en assurant vouloir « « sévir avec force contre les extrémistes de gauche susceptibles d’être violents en Allemagne ».

S’ils restent discrets, à qui les administrateurs des sites Indymedia français servent-ils de relais ? Christophe Bourseiller parle « d’une centaine de personnes dans le pays, réparties en petits groupes autonomes, indépendants les uns des autres, communautaires », et qui se connaissent très bien entre eux (le communiqué grenoblois comporte d’ailleurs « une forte accolade à Kara et Krem » et « une pensée pour Damien »).

« Ils refusent un système d’organisation verticale, poursuit le spécialiste. Leur ligne politique, c’est l’ultra-gauche, anti-léniniste, anti-autoritaire. Ils sont généralement blancs, jeunes, issus de classes aisées. Leur fonctionnement n’a rien à voir avec l’extrême gauche traditionnelle. Ils sont très implantés dans les ZADs, en Bretagne du côté de Rennes et de Nantes, et dans le centre de la France où l’on trouve beaucoup de fermes rurales, à l’image de la fameuse ferme de Tarnac. »