Yves Crespin, un commissaire qui mène l’enquête sur les nouvelles technologies
CYBERCRIMINALITE – Zoom sur la Brigade d'enquêtes sur les fraudes aux technologies de l'Information (Befti)...Alice Antheaume
Alors que Michèle Alliot-Marie a annoncé ce jeudi un plan contre la cybercriminalité, 20minutes.fr a rencontré l'un des hommes clés de la traque sur le Web.
Yves Crespin, le chef de la Brigade d'enquêtes sur les fraudes aux technologies de l'Information (Befti) ne répond aux questions que de visu. Jamais par téléphone. «Ce n'est pas de la paranoïa mais je préfère voir le visage de celui à qui je m'adresse, confie-t-il une fois dans son bureau. En fonction des réactions de mon interlocuteur, je peux mieux contrôler — et au besoin nuancer — ce que je dis».
28 hommes spécialistes
Le commissaire Crespin a les yeux rieurs, le verbe vif, et 28 hommes, tous policiers, sous ses ordres. Leur spécifité: ils sont passionnés d'informatique. Certains par les réseaux, d'autres par Linux. «En ce moment, je cherche à recruter des Mac», annonce le commissaire. Entendez des types qui connaissent parfaitement les machines d'Apple pour pouvoir y enquêter sans peine.
Car les «gars» d’Yves Crespin, comme il les appelle, sont chargés de lutter contre la criminalité informatique (hackers, contrefaçons de logiciels, détournement de fichiers, atteinte à la vie privée) à Paris et dans la petite couronne. En un an, sa troupe a traité ou traite encore environ 200 dossiers, ce qui équivaut à «une centaine de mises en cause et cinquante gardes à vue». Chez les anonymes comme chez les people.
Les salariés qui partent travailler chez un concurrent en emportant le fichier clients de leur entreprise, c'est la Befti qui s'en charge. «Cela s'appelle de la contrefaçon de base de données, explique Yves Crespin. Bref, du vol d'informations.»
Les sites qui donnent des recettes pour fabriquer des bombes, pareil. Celui qui diffuse ce type de formule explosive «risque entre un et trois ans de prison et entre 15.000 et 45.000 euros d'amende». Selon le commissaire, «30% des affaires de la Befti sont le fruit de nos initiatives, des enquêtes de l’équipe.»
Des arnaques de plus en plus intelligentes
Depuis quatre ans qu'il occupe sa fonction, le patron de la Befti a vu passer des tonnes de cas mais il reste encore parfois bluffé par l'intelligence de l’escroquerie. Comme celle de ce «voyou qui envoyait de fausses amendes à ses copains. L'idée lui est venue quand se mettait en place le rapport Olivennes contre le piratage. Il s'est alors créé une adresse du style [email protected] et s'est fait passer, par mail, pour le Trésor Public auprès de ceux dont il savait, dans son entourage, qu'ils téléchargeaient des fichiers illégalement.»
Il a même poussé le vice, raconte le commissaire Crespin, jusqu'à faire exprès de se faire prendre par la Ratp pour reproduire dans ses faux mails la formulation exacte de l'amende qu'il a reçue. «Quand ses copains recevaient le message leur demandant de l'argent pour punir leur délit, ils s'exécutaient en effectuant un virement par Paypal.»
Un hacker de 13 ans
Parfois, le commissaire tombe des nues. «Mes gars m'ont appelé pour que je vienne voir un mec responsable du plantage d'un jeu en ligne. J'ai pensé qu'ils avaient besoin que je fasse la grosse voix. Mais je suis arrivé, et là, recroquevillé sur une chaise, j'ai vu... un garçon de 13 ans avec des grosses lunettes. Ce n'était même pas un ado, c'était un enfant!» Dans ce cas, direction la justice pour les mineurs.
L'humain derrière la machine
Bien que les enquêtes de la Befti soient plongées dans les machines, les tuyaux et les données, ce sont des hommes qui conçoivent les arnaques numériques et d’autres hommes qui en sont les victimes. C’est là que cela se corse. Car mêmes les victimes défendent parfois leurs bourreaux.
Comme cette femme, divorcée, deux enfants à charge, au RMI et avec un ex-mari qui ne paie pas sa pension alimentaire. «Elle fait la connaissance, sur un site de rencontre, d'un homme qui se présente comme un bellâtre genre Clooney et dit gagner pas mal d'argent». Après plusieurs échanges de mails, «Clooney» lui demande de lui prêter 7.000 euros, juste le temps, disait-il, de recevoir sa prochaine rentrée d'argent. «Et elle, pour qui cette somme est le bout du monde, lui donne.» Sauf que Clooney disparaît de la circulation.
Le plus dur, c'est de «lui faire comprendre qu'elle a été escroquée. Elle pense encore que c'était une histoire d'amour», confie Yves Crespin.
Mais un conseil, glisse-t-il: «quand une rencontre amoureuse se fait sur le Net, il n'y a pas d'histoire d'argent.» Le commissaire en sait quelque chose: il a lui-même rencontré sa compagne en ligne...



















