Polémique: Mehdi Meklat s'excuse pour d'anciens tweets haineux

INTERNET Christiane Taubira, interviewée par le jeune journaliste Mehdi Meklat pour les « Inrockuptibles », a réagi…

Clémence Apetogbor
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D'anciens tweets de Mehdi Meklat, publiés sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps, ont créé la polémique
D'anciens tweets de Mehdi Meklat, publiés sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps, ont créé la polémique — Capture d'écran du compte Twitter de Mehdi Meklat

La polémique a agité la Toile tout le week-end. En cause, des tweets homophobes, injurieux ou faisant l’apologie du terrorisme, publié depuis plusieurs années par Marcelin Deschamps, pseudonyme utilisé par Mehdi Meklat, auteur de deux romans aux éditions du Seuil et chroniqueur pour le  Bondy Blog ou encore Arte.

Depuis, le jeune homme de 24 ans a changé le nom de son compte Twitter pour revenir à sa véritable identité. Après son passage dans l’émission La grande librairie de France 5, jeudi dernier, pour évoquer son livre Minute, sur Adama Traoré, le dessinateur Joann Sfar, notamment, a exhumé plusieurs de ces tweets.

Des tweets « obsolètes »

Celui qui a fait la une des Inrockuptibles avec Badroudine Saïd Abdallah (« Badrou ») pour une interview de l’ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira, était pourtant qualifié le 1er février de porte-voix de la jeunesse, « à l’avant-garde d’une nouvelle génération venue de banlieue ». Face au tollé provoqué par ses révélations, Mehdi Meklat a visiblement fait du tri dans ses tweets. Son compte n’affichait plus que 500 tweets dimanche contre 50.000 samedi, note le Figaro.

L’auteur argue qu’il s’agissait d’un « personnage fictif » créé pour questionner « la notion d’excès et de provocation » et que cela ne reflétait pas réellement sa pensée. Sur Twitter, il a présenté ses excuses pour des tweets qualifiés d' « obsolètes ».

Plus longuement, sur Facebook, il a dit comprendre « l’émotion que peuvent susciter ces outrances verbales. Elles sont indéfendables. Je sais que vous êtes nombreux à avoir été touchés et déçus par ces propos ignobles qui ne reflètent pas celui qu’ils connaissent et avec qui ils travaillent. A vous aussi, je veux vous présenter mes excuses. »

Pour le Bondy Blog, il s’agit de « tweets qui n’engagent en aucun cas la responsabilité de la rédaction ». Dans un communiqué, le site réagit à la polémique, expliquant, « puisqu’il y a des évidences qu’il faut affirmer, le Bondy Blog ne peut cautionner des propos antisémites, sexistes, homophobes, racistes ou tout autres propos discriminatoires et stigmatisant, même sur le ton de l’humour ».

L’ancienne ministre de la Justice a réagi ce lundi sur sa page Facebook. « Il y a beaucoup d’évidences dans cette affaire de tweets de Mehdi Meklat. A dire vrai, il n’y a même que cela. La première, c’est que les Inrocks n’auraient pas pris le risque de se compromettre. C’est un journal qui aime débattre, et même quereller les goûts artistiques, pas se salir », explique-t-elle dans un premier temps.

Un «jeu pestilentiel»

« La deuxième, c’est qu’il ne leur serait pas venu à l’idée de me proposer cette rencontre s’ils avaient eu la moindre connaissance même d’un seul de ces tweets, car ils savent que sur ces sujets, il n’y a pas d’espace pour des débats. Ils savent aussi que rien ni dans mes propos, ni dans mon attitude, ni dans mes écrits, et ma vie est déjà longue, n’offre le plus mince interstice pour supposer l’ombre d’une complaisance sur de telles abjections », avance-t-elle. Et l’ancienne ministre d’estimer « que ces propos creusent une consternation aussi vertigineuse qu’un cratère atomique » et que « si c’était un jeu, il est trop pestilentiel et trop dangereux pour ne pas faire l’objet d’un examen rigoureux ».

La Licra (Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme) a décidé de porter l’affaire en justice. La Licra « souhaite que toute la lumière soit faite sur cette affaire », peut-on lire sur son site Internet. « Elle saisit immédiatement la justice en transmettant l’ensemble de ces contenus au procureur de la République de Paris. Elle demande par ailleurs à Twitter de lui indiquer si ces faits lui avaient été signalés. »

« N’y allons pas par quatre chemins, ne cherchons pas d’excuse : dans leur lecture pure et dure, et qu’ils aient été publiés sous un autre nom que le sien, ces tweets sont abominables, abjects, et certains pris comme tels sont tout simplement antisémites, racistes et homophobes. Rien à dire là-dessus. C’est extrêmement grave et choquant et on ne peut que condamner ces propos », a affirmé le directeur de la rédaction des Inrocks Pierre Siankowski ce lundi.

« Que les choses soient très claires : jamais Les Inrockuptibles n’ont, tout au long de leur histoire, toléré au sein de leurs colonnes de propos antisémites, racistes ou homophobes. Depuis leur création, Les Inrockuptibles ont toujours combattu, avec détermination et engagement, l’antisémitisme, le racisme et l’homophobie. Nous n’avons à recevoir de leçons de personne, sur les réseaux sociaux comme ailleurs. Les Inrockuptibles ont encore moins à s’excuser, a posteriori, d’avoir publié des textes ou des propos de Mehdi Meklat antérieurs à la polémique qui entoure ses tweets. Relisez attentivement ces textes, ils sont tout simplement l’inverse de ce qui a été retrouvé sur son Twitter. Ce sont des textes beaux et puissants. »