Facebook fait volte-face sur la publicité

INTERNET Après des plaintes des utilisateurs...

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L'interface Facebook
L'interface Facebook — DR

Le site de socialisation Facebook, qui cherche à transformer en monnaie sonnante et trébuchante son énorme succès public, a dû battre en retraite devant l'indignation d'une partie de ses utilisateurs, révoltés par la nouvelle stratégie publicitaire du groupe.

Facebook a annoncé en fin de semaine dernière qu'il laisserait désormais ses utilisateurs libres de décider au coup par coup s'ils souhaitaient que la nature de leurs achats en ligne soit communiquée à leurs "amis". Jusqu'ici, leurs préférences leur étaient systématiquement transmises, à moins que l'utilisateur n'ait fait au préalable la démarche de se désinscrire.

Ce dispositif, baptisé "Beacon", était destiné à attirer plus de publicité sur le site, en garantissant aux annonceurs que leurs messages seraient acheminés directement à des clients potentiels. Les possibilités ouvertes étaient infinies: Facebook compte 50 millions d'utilisateurs dans le monde.

Parmi les groupes partenaires de Facebook figurent le site d'achats en ligne Overstock.com, les boissons Coca-Cola, les logiciels Microsoft, Sony Pictures Television et la société de locations de vidéos Blockbuster.
Mais cette innovation n'est pas bien passée auprès de certains utilisateurs choqués par cet empiètement sur leur vie personnelle.
"J'ai vu que ma petite amie avait acheté un article dont j'avais envie. Maintenant la surprise est gâchée. Facebook m'a gâché Noël," s'est indigné Matthew Helfgott, s'exprimant sur un forum en ligne.
Le groupe de défense des droits des internautes Moveon.org a annoncé que 55.000 personnes avaient signé - électroniquement - une pétition intitulée: "Facebook: arrête d'empiéter sur ma vie privée!"
"Faire des publicités ciblées sur les sites de socialisation est quelque chose qu'on ne peut accepter", a lancé de son côté Mellissa Ngo, une responsable de l'association Electronic Privacy Information Center.

"Nous apprécions tous ces retours d'opinion des utilisateurs de Facebook et nous avons apporté des changements à Beacon", a annoncé jeudi soir le site californien. Ses utilisateurs recevront à l'avenir un message leur demandant de cliquer "OK" s'ils souhaitent que leurs activités sur des sites marchands partenaires soient automatiquement communiquées à leurs amis.
"Les sites comme Facebook sont en train de révolutionner la manière dont nous communiquons les uns avec les autres et comment nous nous organisons sur certains dossiers dans une démocratie du 21e siècle", a relevé Adam Green, un porte-parole de MoveOn.org.

"Est-ce que les publicitaires vont écrire les règles de l'internet ou est-ce que les nouveaux réseaux de socialisation arriveront à protéger nos droits fondamentaux, comme le droit à la vie privée ? Nous espérons que la décision de Facebook constituera un précédent important pour les droits des usagers d'internet", a ajouté M. Green. Facebook avait lancé Beacon début novembre, sous les applaudissements des analystes qui y avaient vu, enfin, un moyen pour le groupe de capitaliser sur sa renommée grandissante.

"On ne parle plus de messages diffusés par des entreprises, mais de plus en plus d'informations qui sont partagées entre amis", avait alors expliqué Mark Zuckerberg, qui avait fondé la société il y a trois ans alors qu'il était encore qu'un étudiant de Harvard. "Nous avons entrepris d'utiliser ces interactions sociales pour bâtir un nouveau système publicitaire".

Séduit, le géant du logiciel Microsoft avait dépensé 240 millions de dollars pour prendre une participation de 1,6% dans le site, ce qui valorisait l'ensemble de la société à 15 milliards de dollars, soit pratiquement autant que le numéro un mondial de l'automobile General Motors (17 milliards).