« Zuckerberg, c’est un monstre ! », ou quand des 3es apprennent les bases du code

REPORTAGE Comment initier les enfants à la programmation ? « 20 Minutes » a profité de la semaine « Hour of Code » pour se glisser dans l’un des ateliers donnés en France à 10 000 élèves de 7 à 15 ans…

Annabelle Laurent

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La semaine Hour of Code, du 5 au 11 décembre, est l'une des initiatives dédiées à sensibiliser les enfants à la programmation
La semaine Hour of Code, du 5 au 11 décembre, est l'une des initiatives dédiées à sensibiliser les enfants à la programmation — Julien Hay

Ne jamais oublier qu’à 9 h du matin, des ados de 14 ans seront toujours trois fois mieux réveillés que vous. Ce mardi, dans les couloirs du collège Georges-Méliès, dans le 19e arrondissement de Paris, ça force déjà allégrement sur les décibels. Mais l’heure qui nous attend va calmer les élèves avec une efficacité redoutable : cours de code.

Silence, ça joue

Code, c’est un bien grand mot, bien sûr. Pas de Java ni C++, il s’agit plutôt d’une familiarisation, proposée ici dans le cadre de la Semaine internationale «  Hour of Code » qui touche 100 millions d’enfants à travers le monde. Obama himself en avait fait la pub l’an dernier. Organisée par l’association Code.org et lancée en France par Microsoft, la semaine du 5 au 11 décembre s’ajoute aux autres initiatives comme la CodeWeek d’octobre, alors que la programmation a fait son entrée dans les programmes officiels et dans l’épreuve du brevet 2017.

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Les élèves ont pris place face à un ordinateur où les attend un jeu : Minecraft (racheté par Microsoft). A gauche, sur l’écran, l’espace de jeu. Au centre, la boîte à outils avec des petits blocs d’instructions (« Faire tourner le personnage à droite », « détruire le mur »), et à droite l’espace de travail où empiler ces blocs dans le bon ordre. La marche à suivre leur est expliquée par les animateurs de l’atelier, issus de l’association de soutien de scolaire ZUPdeCO. Pressés d’en découdre ? Un « ouais, je suis chaud ! » retentit, et c’est parti.

Boucles et conditions

« Au bout d’une heure, ils auront découvert trois principes : les instructions simples, les boucles (la technique permettant de répéter les mêmes instructions) et les conditions », détaille Béatrice Matlega de Microsoft. « Pour créer toutes les applis dont vous vous servez tous les jours, les jeux vidéo, les réseaux sociaux, des gens ont donné des instructions à des ordinateurs, expliquait-elle quelques instants plus tôt aux élèves. Quand on connaît comment fonctionne un ordinateur, on le maîtrise mieux. Cela vous servira pour votre vie de citoyen, ou si un jour vous avez envie de développer vos propres jeux vidéo et d’en faire votre métier. »

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On a dit qu'on ne copiait pas sur le voisin.
On a dit qu'on ne copiait pas sur le voisin. - AL

« J’étais arrivée au niveau 8 et mon ordi a planté ! » : pas de bol pour Lylia, qui recommence tout. De toute façon, c’est « pédiatre » qu’elle veut être, mais « avec les 14 étapes du jeu, c’est hyper motivant, il y a du défi ». Une autre, qui avance très vite, nous confesse : « J’ai déjà Scratch [un logiciel libre qui initie à la programmation] à la maison. »

Ahmad enchaîne lui aussi les niveaux. « J’en fais un peu chez moi. Je programme des logiciels pour spammer. » « Il sait même pas se faire une omelette et il fait genre », charrient ses potes. A-t-il des modèles, au hasard Steve Jobs, ou Zuckerberg ? « Mark Zuckerberg, c’est un monstre ! » C’est-à-dire ? « Il est trop fort. C’est pas d’avoir eu l’idée, c’est tout ce qu’il sait faire. » On n’en saura pas plus, car son voisin tient en parallèle à nous montrer sa chaîne YouTube : « Je suis connu dans le game, j’ai 160 abonnés. »

Oh, les filles

La fin de l’heure arrive vite et il faut distribuer les diplômes. « Vous avez trouvé ça compliqué ? » interroge l’animatrice, l’objectif étant de démystifier la programmation, parfois perçue comme complexe et réservée aux bac + 5 ou 8.

Elle ajoute : « Est-ce que développeur, c’est un métier que pour les garçons ? » Un « Non » est donné en chœur, mais les chiffres bougent à peine : seulement 33 % de femmes dans le secteur du numérique et une filière informatique où la part des femmes a été divisée par deux depuis les années 1980.

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Hour of Code, comme les autres initiatives du même type, se donne pour mission de désamorcer le plus tôt possible l’autocensure très forte chez les filles. Commentaire d’Ahmad : « Les garçons geeks, ça, c’est des clichés. Moi, sur League of Legends ou Call Of Duty, la moitié des gens avec qui je joue, c’est des filles. C’est ce que croient les gens, mais c’est faux. »

Le collège Georges-Méliès est classé en zone d’éducation prioritaire et les résultats au brevet y sont en deçà de la moyenne parisienne. « Donner les rudiments du code ici, c’est d’autant plus important que la fracture numérique est en train de se creuser, avec des jeunes bien nés qui auront une tablette à la maison là où d’autres auront un ordi pour cinq, ajoute Céline Corno de ZUPdeCO. Les seconds auront aussi moins d’explications de leurs parents, sur la protection des données par exemple. Face à ces inégalités, le code sera une vraie compétence pour tous, surtout quand on sait que 60 % des métiers de demain n’existent pas encore. »