Amy Schumer victime de grossophobie sur Twitter: Mais pourquoi tant de haine?

INTERNET L'actrice, qui devrait incarner Barbie au grand écran, a été victime d'un déferlement de commentaires grossophobes sur Twitter...

Florence Floux
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Amy Schumer
Amy Schumer — WENN

Elle a le statut de girl next door, et pourtant. La comédienne Amy Schumer est pressentie pour incarner la poupée Barbie sur le grand écran. D’après le Hollywood reporter, le film racontera l’histoire de Barbie, chassée de Barbieland, un monde parfait et illusoire dans lequel elle ne trouve pas sa place. Elle devra alors s’insérer dans le monde réel et apprendre à être elle-même… Mais parfois, dans la vie, tout ne se passe pas comme au cinéma.

L’annonce a eu l’effet d’une bombe sur les réseaux sociaux. Certains internautes poussent des cris d’orfraie à l’idée que l’actrice ait été choisie pour porter le rôle de la célèbre poupée aux mensurations encore plus improbables que celles des top models.

Un cas commun

En cause : le poids de l’humoriste, qui ne semble pas convenir à tout le monde. Ce n’est pas la première fois qu’Amy Schumer est victime d’attaques grossophobes et de body-shaming. La star d’Inside Amy Schumer essaie de lutter contre les discriminations sur le poids en postant des clichés d’elle en maillot de bain par exemple, pour inciter les femmes à avoir confiance en elles et à s’accepter telles qu’elles sont.

D’autres comédiennes subissent le même sort, à l’instar de Lena Dunham, dont les fréquentes scènes dénudées dans sa série Girls passent très mal auprès de certains internautes. Tout comme les photos qu’elle poste sur Instagram. « Statistiquement, il y a plus d’hommes obèses ou en surpoids, mais ce sont les femmes qui sont davantage victimes de discrimination négative, elles sont plus jugées sur leur physique », explique Jean-François Amadieu, sociologue auteur du livre La société du paraître (Ed. Odile Jacob).

Tous schizophrènes

Au fil des années, l’Indice de masse corporelle (IMC) idéal n’a cessé de diminuer alors même que la population grossit. D’où un décalage de plus en plus grand entre les mensurations « idéales » et les mensurations des « vrais gens », particulièrement celles des femmes. Ces standards de plus en plus draconiens touchent les enfants dès le plus jeune âge. « Cela fait des décennies que Barbie et les autres jouets diffusent des silhouettes particulièrement minces : les bandes dessinées, les jeux vidéo, mais aussi la publicité, le cinéma, les séries. L’impact est réel et la grossophobie se développe quand les enfants jouent : la poupée la plus grosse est affublée de tous les défauts », indique Jean-François Amadieu.

A l’âge adulte, les codes intégrés dès l’enfance perdurent. Dans son livre Le corps désirable (Ed. Puf), Thibault de Saint-Pol écrit : « Pas un jour ne se passe sans que la corpulence ne soit au centre des préoccupations médiatiques et ne fasse les titres de la presse écrite, des journaux télévisés ou des magazines. Qu’il s’agisse de crainte face à une éventuelle épidémie d’obésité ou de l’angoisse de ne pas être mince pendant l’été, on observe une véritable obsession médiatique pour ce thème, qui a pour conséquence, et parfois pour but, de faire incorporer au plus grand nombre les normes du corps 'sain'. »

Réseaux sociaux et culte du corps

Un phénomène que les réseaux sociaux ont également accéléré ces dernières années. Le culte de l’image et des apparences y est omniprésent. On ne compte plus les comptes Instagram ou Facebook de célébrités qui exposent leur corps « parfait », même après un accouchement, ou bien pendant une séance de sport… La chanteuse Beyoncé est même accusée de retoucher les photos destinées à Instagram.

 

Une photo publiée par Beyoncé (@beyonce) le 11 Juin 2015 à 14h10 PDT

La blogueuse du Guardian Jessica Valenti s’interrogeait à ce sujet en mars 2015 après une polémique sur les réseaux sociaux : « Quand est-ce que la société acceptera le corps des femmes ? » Pour elle, les réseaux sociaux empêchent les hommes de voir le corps des femmes tel qu’il est réellement : tétons, poils pubiens, ne doivent pas être visibles. Tout comme le surpoids. Jezebel rapportait par exemple la suppression du compte Instagram de Samm Newman pour avoir posté des clichés d’elle en sous-vêtements. Son tort ? Etre enrobée.

Près de la moitié de la population exclue

Devenu le déversoir de certains internautes, les réseaux sociaux recueillent logiquement les paroles de haine de toute sorte, grossophobie comprise. Celle-ci s’exprime presque exclusivement sur les femmes, et parfois par les femmes. « Elles sont beaucoup plus exigeantes vis-à-vis d’elles-mêmes et des autres. Il n’est pas rare que des femmes tiennent des propos grossophobes. Un peu comme si elles se vengeaient de la pression qu’elles subissent chaque jour par rapport à leur corps sur les autres », note Jean-François Amadieu.

D’après une enquête datant de 2012, 15 % des Français seraient obèses et 30 % en surpoids. 45 % de la population ne correspond donc pas aux critères imposés par la société, et peut potentiellement se trouver victime de grossophobie.