Cybercriminalité en France: 13,7 millions de victimes en un an... et toujours pas les bons réflexes

SECURITE Selon le rapport annuel de Symantec, les Français sont désormais conscients des risques, mais ne se protègent pas pour autant...

Oihana Gabriel

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Illustration de la cybercriminalité notamment du vol de mots de passe.
Illustration de la cybercriminalité notamment du vol de mots de passe. — Pixabay

1,8 milliard d’euros. C’est le coût global représenté par les cyberattaques qui ont touché 13,7 millions de Français en 2016. Le rapport annuel* sur la cybercriminalité publié ce mercredi par Symantec, société de logiciels informatiques, souligne un paradoxe.

Les Français sont conscients des risques… mais n’ont pas encore pris les bons réflexes. Or, les pirates de la Toile sont aussi inventifs que réactifs alors comment se protéger contre les nouveaux types d’attaques ?

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Une rançon pour récupérer ses dossiers

Mieux vaut se familiariser avec les nouvelles pratiques. Selon ce rapport, les actes de cybercriminalité les plus fréquents en France sont le vol de mot de passe (14 %) et la fraude à la carte de crédit (10 %). Mais de nouvelles techniques ont émergé sur la Toile. « Le risque le plus développé, c’est les ransomwares », souligne Laurent Heslault, directeur des Stratégies de Sécurité de Norton by Symantec. Des attaques qui ont augmenté en France de +260 % entre 2014 et 2015.

Après avoir cliqué sur un lien malveillant ou surfé sur un site qui est lui-même infecté, un logiciel s’installe et va crypter tous les fichiers de l’ordinateur. Ensuite, vous recevez une demande de rançon, entre 300 et 600 euros, en utilisant des bitcoins, système de paiement particulièrement difficile à tracer. »

Selon les chiffres de Symantec, 4 % des Français ont été touchés, dont 30 % ont payé la rançon. « Seulement un tiers ont récupéré leurs données, précise Laurent Heslault. Au début, les cybercriminels avaient une certaine éthique : ils vous rendaient la clef qui permet de décrypter les données, mais c’est de moins en moins le cas. »

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Plus globalement, les pirates se sont déplacés sur les portables et les réseaux sociaux, suivant la tendance. « Le spam ne cesse de baisser depuis août 2010, constate Laurent Heslault. En revanche, les atteintes à la e-réputation augmentent. Avec deux possibilités : le piratage de compte ou la création d’un nouveau profil avec votre identité.

Prise de conscience… et comportements à risque

« On constate une prise de conscience des Français sur le fait que le cyber-risque, c’est concret et ça a des impacts réels, reprend le spécialiste. C’est une vraie évolution par rapport aux années précédentes. Ce qui est un peu décevant, c’est que l’internaute ne prend pas les bonnes mesures. »

En effet, toujours selon ce rapport, 1 Français sur 5 partage ses mots de passe et près de la moitié utilisent le même mot de passe sur plusieurs plates-formes et comptes. Soyons honnêtes qui retient 56 mots de passe différents sans les noter ? Certains petits malins compilent dans un document « caché » ces dizaines de maux de passe.

« Mauvaise idée ! Le cybercriminel a accès à tout ce qui a dans votre machine, rappelle Laurent Heslault. Evitez également de laisser les navigateurs enregistrer vos mots de passe. Au pire, on les écrit à la main dans un carnet, caché chez vous. »

Et le spécialiste livre quelques conseils. « Il n’est pas nécessaire d’avoir 25 mots de passe différents : mais des très compliqués pour les sites d’achat en ligne et des simples pour les moins dangereux. »

Plusieurs logiciels peuvent aider si vous n’avez pas une mémoire d’éléphant. Des logiciels, comme Keepass, Password Keeper Expert et Norton identity safe servent de « coffre-fort pour mot de passe ». Ils stockent et cryptent dans un seul et même fichier l’ensemble de ses mots de passe. Mais attention, il faut tout de même un mot de passe pour accéder à cet outil utile !

Les bons réflexes à prendre

Vigilance, outils technologiques et sauvegardes font partie du package pour éviter de perdre la totalité de ses photos et films de famille… « On est cyberdépendant, il faut donc être responsable, tranche Laurent Heslault. La première chose à faire, c’est de réfléchir avant de cliquer. Quand c’est trop beau pour être honnête, c’est dangereux. Par exemple, pas mal d’internautes ouvrent des mails qui viennent d’inconnus… alors qu’ils n’ouvriraient pas leur porte !

Les cyber-criminels sont très malins : ils s’appuient sur l’actualité. Par exemple, ils surfent sur Noël, la Saint Valentin, la fête des mères… et même Kim Kardashian pour accrocher sur les réseaux sociaux. »

Au-delà d’ouvrir l’œil, on peut protéger son matériel. Selon le sondage, 35 % des personnes interrogées possèdent un terminal qui n’est pas protégé. « On a conscience qu’il faut protéger les ordinateurs, mais ce n’est pas super clair pour les portables et tablettes », assure le spécialiste.

Mais surtout, il faut faire des sauvegardes régulières. Par exemple, quand on rentre de vacances avec 300 photos. « Mais le ransomware peut crypter tous les dossiers, même ceux d’un disque externe branché. » Donc un autre réflexe à prendre, c’est de débrancher le disque externe.

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*L’enquête, réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 20.907 personnes réparties dans 21 pays, dont 1 008 Français.