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Google Maps : inquiétude sur la protection de la vie privée au Canada et en France
INTERNET•Ce système qui permet de sillonner les rues et les passants pourrait contrevenir aux lois canadiennes...A.A et M.N
Un paradoxe? Alors que Google doit appeler vendredi, à Strasbourg, à la création d'une loi internationale régulant la propriété privée sur la Toile, la firme de Moutain View, et mastodonte des services web, est toujours critiqué sur le dossier du respect des données personnelles. Cette question se repose, en ajoutant la notion de droit à l’image, avec le lancement de la fonctionnalité «Street View» de Google Maps, en mai dernier. Ce logiciel permet de sillonner les rues de quelques métropoles américaines (New York, Dallas, Washington DC, San Francisco, Miami) avec un angle de vue de 360 degrés, comme si vous étiez à bord d’un taxi roulant dans la ville. Sur les images, d’une précision fascinante, beaucoup de façades, de routes, et parfois, des passants. Or c’est là que le bât blesse: la qualité des images saisies est telle que l’on peut identifier ces passants. Leur malheur? S’être trouvé dans le champ au moment où la photo a été prise.
Action préventive au Canada
Craignant de voir cette technologie débarquer au Canada, Jennifer Stoddart, commissaire à la protection de la vie privée, a prévenu par courrier le géant américain: Google Street View pourrait «contrevenir à la Loi canadienne sur la protection des renseignements personnels si le consentement des personnes photographiées n'a pas été obtenu».
«La loi (canadienne) ne peut pas interdire Google Street View, reconnaît Colin McKay, porte-parole de Jennifer Stoddart. Mais Google doit respecter la vie privée en réalisant des photos de faible résolution ou un floutage sur les personnes». Dilemme: si Google baisse la résolution de ses clichés, la technologie ne vaut plus le détour. «Nous ne voulons pas aller au clash mais négocier, travailler avec Google pour arriver à une solution qui satisfasse tout le monde. Il faut leur dire attention. Aux Etats-Unis, des particuliers ont protesté et obtenu le retrait de photos où ils étaient reconnaissables.»
Pour prendre ses clichés, Google a fait appel à la société Immersive Media, qui détient des caméras à lentilles disséminées en zone urbaine, et passe dans les rues avec un camion apparemment facilement identifiable car taggé aux couleurs de la marque.
Faut-il donc se planquer dès qu’arrive le véhicule?
«Google essaie de prendre des photos quand il n’y a personne, explique Gwendael Le Grand, chef de l’expertise informatique de la Cnil, en France. Ce qui est quasiment impossible dans les grandes villes. Imaginez que vous essayez d’avoir une vue sur les Champs Elysées sans passant!»
Les personnes photographiées ignorent qu’elles le sont.
Le problème de ce système: «vous ne savez pas que vous êtes photographié, et quand vous le savez et que cela vous dérange, parce que vous ne vouliez pas être vu avec telle ou telle personne par exemple, c’est que c’est déjà trop tard, reprend Gwendael Le Grand. Néanmoins, si vous en faites la demande auprès de Google, vous pouvez être flouté.» Mais a posteriori. Aux Etats-Unis, les couples officieux ont désormais une donnée risque supplémentaire à gérer.
Et en France?
Google a consulté la Cnil à ce sujet, laquelle a exprimé ses craintes pour la protection de la vie privée devant une telle technologie. Selon la Cnil, «ils sont conscients qu’un tel service ne peut pas être lancé en Europe», où l’intimité est davantage protégée qu’outre Atlantique. Un Google Street View de Paris ne serait donc pas au calendrier des festivités googliennes dans l’immédiat.
Et même s'il le voulait, il n'est pas certain que Google puisse photographier aisément les rues de Paris ou Marseille. Pour Gilles Buis, avocat spécialisé dans les questions relatives aux données privées sur la Toile, le programme Street View «viole clairement la protection de la vie privée, ici le droit à l’image». La législation française (1) donne à n'importe quel citoyen français le droit de recours pour exiger le retrait d’une photographie sur laquelle il se reconnaîtrait. Mais, relativise Gilles Buis, «le mal serait déjà fait». En plus, selon lui «des grosses firmes comme Google ou YouTube peuvent se permettre d’avoir deux ou trois procès, ce n’est rien comparé aux sommes importantes qu’elles gagnent sur Internet». En attendant d’éventuels dérapages, la Toile française est relativement protégée puisque «la Cnil peut empêcher Google» de mettre en place l’option Street View.
(1) Article 9 du code civil sur le respect de la vie privée.



















