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«Nous avons collaboré avec le Trésor. Pas avec la CIA»

«Nous avons collaboré avec le Trésor. Pas avec la CIA»

SECURITEFrancis Van Bever est directeur financier de Swift (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunications). L’établissement de droit belge, pivot des transactions financières internationales, est accusé de collaborer avec la CIA...
Propos recueillis par Mohamed Najmi

Propos recueillis par Mohamed Najmi

La Swift (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunications), établissement bruxellois, fondé par plusieurs dizaines de banques de 15 pays, gère les transactions financières internationales, est accusé de collaborer avec la CIA. Francis Van Bever, son directeur financier, s'explique...



Avez-vous fourni des informations à la CIA?

Il y a là une incompréhension. Nous n’avons pas travaillé avec la CIA mais avec le Trésor américain (ndlr: l’équivalent du ministère des finances). Ce qui n’est pas la même chose.


Mais vous comprenez que la CIA via le Trésor pouvait accéder aux informations sensibles?

Avant de nous accuser de quoi que ce soit, il faut comprendre comment nous travaillons. Nous gérons une partie des flux internationaux et nous stockons ces données dans des centres en Europe et aux Etats-Unis. Nous ne gérons pas des comptes d’actifs mais des flux de données entre établissements bancaires. Aussi nous copions toutes les informations sur nos serveurs aux Etats-Unis, qui tombe donc sous le coup de la loi américaine.


Donc les Américains ont eu accès aux transactions qui se font entre le Luxembourg et l’Espagne, par exemple?

Non. Après les attentats de 2001, nous avons reçu ordre par la justice américaine de livrer des informations sur des transactions suspectes. C’était une injonction de l’administration Bush. Attention: il y avait une enquête et nous sommes dans ce cas obligé de coopérer. Mais nous ne livrons jamais l'accès de nos bases de données. Pour une requête précise, motivée par une enquête judiciaire, sous certaines conditions, nous donnons accès à un extrait de nos informations, nous livrons des copies seulement.


Le Trésor américain n’est pas venu fouiller lui-même dans vos fichiers?

Jamais. Quand nous leur livrons des extraits de fichiers, des agents de la Swift sont là pour vérifier qu’il n’y pas de tricherie ou de manipulation. Et surtout éviter que l’argument du terrorisme serve à espionner les mouvements de capitaux entre groupes européens.


Pas d’espionnage industriel comme le sous-entend la Cnil?

Justement, le Trésor américain a eu accès à des copies, pas à nos base données complètes et sous notre contrôle.


Avez-vous donné au Trésor américain des informations concernant des institutions bancaires françaises?

Nous ne livrons aucune information sur nos activités. Ceci est confidentiel.


N’est-il pas de votre intérêt de rendre transparent votre fonctionnement?

Des deux côtes de l’Atlantique, des négociations sont en cours pour réglementer l’échange de données sur les transactions financières. C’est le «Safe harbour» qui devrait signé par les Etats-Unis et l’Union européenne dans les prochaines semaines.


Est-il normal de stocker des données relatives aux transactions intra-européennes sur le sol américain?

C’était notre fonctionnement, et jusqu’aux attentats de 2001, il n’a jamais eu de polémique. Nous proposons de créer un centre sur le sol européen où seront enregistrées les informations concernant les échanges entre banques européennes.


Des fichiers que les Etats-Unis ne pourront pas consulter, même sur injonction?

Oui.