Internaute hyperactif dans blogosphère télévore
NTERNET – Le point sur les tentatives avortées (ou non) déployées sur le Net pour couvrir le premier tour de l'élection...Paul Ackermann et Alice Antheaume
L’offre disponible sur le Net a-t-elle vraiment pesé dans l’élection présidentielle? Retour sur la dernière semaine de campagne.
22 avril, avant 20h, l’hyperactivité sur le Net
Dimanche, entre 18h et 20h, de nombreux sites sont inaccessibles, saturés par un pic de connexions inhabituel. 20minutes.fr n’échappe pas à la règle, avec un trafic près de cinq fois supérieur à la normale sur la journée de dimanche. Les internautes fébriles cherchent les chiffres des premières estimations de vote à la sortie des urnes, information que la loi française interdit de publier sur les sites français avant 20h, pour ne pas influencer les derniers votants.
La population internaute migre donc en masse sur quelques blogs résistants et sur les sites belges et francophones. Le site du quotidien suisse Le Temps, victime d’un bug, monte vers 19h une page unique ultra-simplifiée faisant office de page d'accueil: les résultats et une photo de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy y figurent, point barre. «Nous vous proposons cette page plus légère se limitant aux informations essentielles», est-il précisé.
Les sites étrangers qui ont publié les chiffres tant attendus ont en effet bénéficié d’une affluence record. Le fournisseur d'accès Internet Free, contacté par l'AFP, a constaté que «pour un dimanche soir, le trafic vers les sites belges, suisses et américains était particulièrement fort. Habituellement, il représente 0,2 à 0,3% du trafic (chez les clients de Free) alors que ce dimanche vers 18h, il représentait environ 30% de ce trafic».
Mais il y a une autre faille: les médias suisses comme la Tribune de Genève sont agrégés dans Google News France au même titre que les autres médias francophones. En témoigne cette «boulette» publiée samedi en fin d’après-midi, alors que le silence était obligatoire.
Lundi matin, la commission des sondages qui avait annoncé son intention de sévir face aux contrevenants se félicitait pourtant de la soirée. Il faut dire que les blogs français, notamment ceux qui avaient annoncé vouloir publier les premières estimations vers 18h malgré le risque d’amende encouru (75.000 euros), plantent aussi ou mettent longtemps à s'afficher.
Jean-Marc Morandini, qui avait dit qu'il donnerait les résultats en avant première, a annoncé à 18h31 que plus de 80.000 personnes tentaient «de se connecter au même moment sur ce blog», ce qui rendait son accès impossible. Idem pour Guy Birenbaum, victime lui aussi d’une montée en charge (dix fois plus qu’un dimanche habituel).
Sur les blogs français, les tentatives pour bousculer l'agenda établi sont tombées à l'eau. Et tout ce que Morandini écrivait à 19h35, c'était que sur Canal +, la marionnette de Bachelot parlait de «succès» et que «celle de Lang avait un verre de champagne à la main». La demande était très importante, l’offre n’a pas su y répondre.
22 avril, 20h et après
Dimanche soir, la République des blogs – une réunion de blogueurs - promettait une soirée électorale spéciale, un «live blogging» qui devait réunir la plupart de ces éditorialistes du Net. Alors que les politiques défilaient sur les plateaux télé, on ne trouvait pas grand chose à se mettre sous la souris au même moment dans la blogosphère, mis à part quelques dessins du caricaturiste Micraelski Michaelski. «Il n'y a pas eu de surprise dans les votes donc cela n'a pas nourri des discussions enflammées toute la nuit, reconnaît Versac, initiateur de la République des blogs. Finalement, tout le monde est allé se coucher assez rapidement après avoir vu que les vainqueurs étaient les deux favoris. Au second tour, ce sera plus intéressant car il y aura de l'action: il va falloir que l'élu(e) forme un gouvernement, il va falloir parler des législatives, regarder s'il y a des fêtes ou des manifestations dans la rue: il y aura davantage matière à discussions».
En attendant, ce que le blogueur nous a dit en masse dimanche soir, c'est, premièrement, «j'ai voté» (pratiquement tout le monde y est allé de ses quatre lignes titrées «a voté» pour dire qu'il avait voté) et, deuxièmement, «voilà ce je vois à la télé».
Karl Zero l'a confié lui-même au site Mémoire vive, il ne fait pas d’annonce, il commente.
Car les blogueurs regardent la télé, une télé omnipotente pendant les soirées électorales. L'émission «Présidentielle 2007» sur TF1 a réuni en moyenne 9 578 920 téléspectateurs avec une part d'audience de 37,2%, et réalisé un pic d'audience de 13.376.480 téléspectateurs à 20h13, selon les chiffres de Médiamétrie. Et dans ces téléspectateurs, il y a aussi les blogueurs, alors contemplateurs.
La dernière semaine avant le premier tour, Internet aiguise ses armes
«Il n’y a pas encore de profond changement lié au web, commente Loïc Le Meur. L’effet est beaucoup moins important que ce que certains veulent faire croire».
Mais Internet ne se réduit pas à la seule blogosphère.
A la lumière des résultats du 22 avril 2007, la toile reste un outil prospectif étonnant. Deux jours avant le premier tour, Nicolas Sarkozy était le candidat le plus recherché sur les sites d'actualités et de médias. Selon une étude Xiti réalisée du 9 au 15 avril 2007 sur un périmètre de 67 sites web, le candidat UMP s'adjugeait 37 visites sur 100, soit plus du tiers. Ségolène Royal était seconde avec 22 visites sur 100, François Bayrou troisième avec 18 visites sur 100, Jean-Marie Le Pen quatrième avec 12 visites sur 100. Un classement qui correspond au plébiscite des quatre candidats dans les urnes.
Malgré quelques ratés, les aventures d'Internet au pays de la politique ne font que commencer...



















