«Le 5e pouvoir, ce sont les citoyens acteurs de l’actualité»
INTERVIEW – Le patron d’Agoravox organise samedi «les premières rencontres du 5e pouvoir»…Propos recueillis par Philippe Berry
Samedi, Carlo Revelli, le patron d’Agoravox, le «média citoyen», organise à Saint-Denis «Les premières rencontres du 5e pouvoir».
Vous n’aimez pas la sémantique, mais pour vous, ce fameux «5e pouvoir», c’est quoi?
Je ne sais pas vraiment s’il faut parler de pouvoir ou d’influence. Mais en résumé, ce sont les internautes, les citoyens, les blogueurs qui communiquent, écrivent, agissent ensemble et deviennent des acteurs de l’actualité.
Vous l’opposez plutôt au 4e (les médias) ou aux trois premiers (exécutif, législatif et judiciaire)?
Disons comme un contre-pouvoir aux trois premiers et aux abus, aux problèmes de concentration et de connivences du 4e.
Qu’attendez-vous de ces premières rencontres?
D’abord, les débats seront accessibles au grand public, car le 5e pouvoir, ce sont justement les citoyens. C’est pour ça qu’on a fixé l’entrée de la journée à 15 euros, loin des tarifs habituels de ce genre de manifestation (1). Ensuite, j’attends qu’on puisse faire un bilan du journalisme citoyen en confrontant les avis des participants. Pour certains, le 5e pouvoir, ce sont des foutaises (voir la vidéo de Vinvin), d’autres pensent que sa force, c’est d’être déstructuré et diffus quand certains préféreraient qu’il s’organise et se hiérarchise.
En matière de «journalisme citoyen», on cite toujours le succès coréen OhMyNews!. Mais beaucoup de leurs rédacteurs sont souvent des journalistes…
Certes. Mais ce qui est intéressant dans leur structure, c’est qu’ils ont plusieurs dizaines de journalistes dont le rôle principal consiste à hiérarchiser, organiser, vérifier les informations soumises par les citoyens. Sur Agoravox, nous avons aussi des garde-fous: avant d’être mis en ligne, un article doit d’abord être recommandé par suffisamment de veilleurs. Des salariés de la société vérifient également la pertinence et l’exactitude des infos, les problèmes de plagiats. Enfin, le juge de paix, c’est la mise en ligne: avec des articles ouverts aux commentaires, une erreur ou fausse information est très vite découverte.
Vous venez de publier un livre collaboratif sur l’irruption des internautes dans la campagne présidentielle. Pour vous, les blogueurs ont vu l’émergence de Bayrou avant les journalistes?
Depuis longtemps, le discours de François Bayrou sur le pouvoir du web, sur l’esprit du collaboratif est bien reçu chez les internautes. Avant que les médias n’en fassent «le 3e homme», nous avions fait un sondage sur Agoravox qui le donnait à plus de 25% d’intentions de vote au premier tour. Le chiffre avait été repris un peu partout, les médias traditionnels semblant surpris.
Pour certains, Agoravox est un repère de centristes…
Oui, j’en entends dire qu’Agoravox a été noyauté par l’UDF. Mais il faut être honnête, à l’UDF, au niveau du marketing sur l’Internet, ils ne sont pas bons. L’UMP avec Loïc Le Meur, ou le PS sont ultra organisés. De vraies machines de guerre capables de réagir immédiatement à l’attaque du camp d’en face, d’acheter des mots clés sous Google etc. L’UDF s’enorgueillit de ne pas le faire, mais c’est surtout par manque de moyen. Alors de penser qu’ils aient pu infiltrer tout Agoravox, ça me fait sourire.
Actu oblige, vous êtes plutôt «Fête de l’Internet» ou le Libre-en-fête (2)
Je n’ai suivi ni l’une ni l’autre. L’année dernière, nous avions participé à la Fête de l’Internet, mais elle est en perte de vitesse. Les gens n’en ont plus grand-chose à faire: l’Internet est tellement rentré notre quotidien que le célébrer, c’est un peu comme de fêter la télévision.
(1) Quelques places sont encore disponibles, voir renseignements ici
(2) Les deux manifestations se tiennent actuellement. Libre-en-fête a été lancé par Pascal Desroche, un ancien organisateur de la Fête de l’Internet qui trouvait cette dernière devenue trop commerciale.



















