Peut-on sauver l’industrie musicale?
Une étude dévoilée mercredi fait le point sur le comportement de l’acheteur de musique. Et esquisse des solutions pour enrayer la crise.Philippe Berry
Le marché de la musique va mal, les ventes sur le web et les téléphones peinent à décoller et les acheteurs réguliers sont encore très attachés au CD. Tels sont les principaux résultats de l’étude (1) dévoilée mercredi par le SDSD (le Syndicat des détaillants spécialisés du disque). Tandis que VirginMega et FnacMusic tentent l'aventure du MP3 sans DRM (lire l'interview du directeur général de Fnac.com), Jean-Noël Reinhardt, patron du SDSD l'assure, des solutions existent pour sortir de la crise.
Le disque n’est pas mort. Si le marché de la musique a reculé de plus de 12% en valeur en 2006, les ventes de disques représente toujours pour plus de 95% du chiffre d’affaire. Selon l’étude, le CD est encore vu comme un objet dont la possession est valorisante pour huit acheteurs de musique sur dix. Problème, chez les 15-24 ans, plus de la moitié juge le support inadapté à leur consommation. Pour Jean-Noël Reinhard, il faut encore davantage de «plus produits»: bonus DVD ou multimédia pour lesquels 80% des sondés sont prêts à dépenser plus.
Le juste prix. Près de huit acheteurs réguliers de musique sur dix ont l’impression que le prix du disque a «augmenté ou n’a pas bougé» au cours des trois dernières années. Or, selon Jean-Noël Reinhardt, la baisse est de 6,5% pour les albums et de près de 25% sur les singles. Pour le président du SDSD, «un album comme celui des choristes a changé 6 fois de prix en 18 mois». Le consommateur s’y perd. Solution: harmoniser et stabiliser les prix selon les périodes.
Dire adieu aux DRM? Ces jours-ci, la Fnac et Virgin ont annoncé la mise à disposition de plusieurs centaines de milliers de titres à la vente en MP3 non protégés par des DRM. Pour Jean-Noël Reinhard, également président de VirginMega, il n’est «pas normal que des gens qui achètent légalement de la musique en ligne aient plus de contraintes que les pirates». Reste à convaincre les majors du disque. EMI sur les rangs? Jean-Noël Reinhard botte en touche: «Plusieurs se disent intéressés, reste à voir les actes.»
Combler le retard français. La vente de musique numérique a progressé de 30% en 2006. Une goutte d’eau au regard des volumes. Si le marché français de la musique «physique» pèse cinq fois moins lourd qu’aux Etats-Unis, les ventes numériques (hors logos et sonneries) sont 33 fois moins importantes dans l’Hexagone qu’outre-atlantique! La France est également en retard par rapport face à l’Allemagne et le Royaume-Uni. Jean-Noël Reinhard dénonce le manque de clarté des politiques par rapport aux pirates. «Il faut que des sanctions soient clairement appliquées», réclame-t-il.
Des nouveaux moyens de distributions «marginaux». En France, les artistes pourront bientôt vendre leurs chansons directement sur MySpace. De quoi faire disparaître les distributeurs classiques? «Non», affirme, Laurent Fiscal, directeur marketing produit chez Virgin. Selon lui «on prédisait la même chose il y a six ans, avant l’éclatement de la bulle». Jean-Noël Reinhardt d’ajouter : «Ca fait un an qu’on parle de SpiralFrog (qui doit proposer gratuitement une partie du catalogue Universal notamment, ndlr). Pour le moment, on ne voit rien venir.»
(1) étude menée par GFK auprès de 600 consommateurs de musique réguliers, qui ont a acheté au moins un CD ou une chanson sur l’Internet au cours des trois derniers mois.
(2) Le SDSD représente en France les intérêts des détaillants spécialisés du disque et compte parmi ses membres les enseignes Virgin Stores, FNAC, Madison, Nuggets, le groupement Starter de disquaires indépendants et BHV disques. Ses membres représentent ainsi 80 % de la profession de détaillant spécialisé en musique et vidéo.


















