François Hollande inaugure le French Tech Hub au cœur de la Silicon Valley

HIGH-TECH Cette structure, chargée d'aider des startups et des PME françaises à grandir en Californie, ne fait pas l'unanimité...

Philippe Berry

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François Hollande, aux côtés de Sheryl Sandberg, la directrice des opérations de Facebook et de Fleur Pellerin, la ministre déléguée à l'Innovation et à l'Economie numérique, lors de sa visite à San Francisco, le 12 février 2014.
François Hollande, aux côtés de Sheryl Sandberg, la directrice des opérations de Facebook et de Fleur Pellerin, la ministre déléguée à l'Innovation et à l'Economie numérique, lors de sa visite à San Francisco, le 12 février 2014. — A.JOCARD / AFP

De notre correspondant en Californie,

Cela faisait trente ans qu'un président français ne s'était pas rendu dans la Silicon Valley en visite officielle. A l'époque, François Mitterrand avait rencontré Steve Jobs. Mercredi, François Hollande, lui, a déjeuné avec des dirigeants de Google, Facebook, Twitter et Tesla, en plein bras de fer fiscal avec les géants américains.

A San Francisco, Hollande a terminé sa tournée américaine par l'inauguration du French Tech Hub, un incubateur-accélérateur d'entreprises principalement financé par les régions, qui doit aider chaque année 60 startups françaises à décoller en Californie.

«La France doit favoriser l'esprit d'initiative», a lancé le président français. Il a notamment promis un nouveau coup de pouce au crowdfunding popularisé par Kickstarter. «Un projet pourra recueillir jusqu'à un million d'euros de prêt sur une plateforme de financement participatif» pour la création d'entreprises, a-t-il détaillé.

 

«Créer de la richesse dans l'Hexagone»

Selon Sabine Enjalbert, directrice générale de l'Agence régionale de développement (ARD) Ile-de-France, parent du French Tech Hub avec Ubifrance, le budget annuel devrait se situer autour d'un million d'euros à partir de 2015, après une période de rodage cette année.

Cette première Maison de l'international étrangère va fournir aux heureux élus «des locaux, des mentors et un accès au réseau financier de la Silicon Valley». Selon Sabine Enjalbert, la priorité sera donnée aux entreprises des technologies de l'information, de la santé et du biotech, avec des bureaux à San Francisco et à Boston. Ce tremplin, réservé aux PME déjà installées en France, devrait «créer de la richesse et des emplois dans l'Hexagone», prédit-t-elle.

Talentoday, une jeune pousse française qui propose une solution Web aux universités et aux grandes écoles pour gérer l'insertion professionnelle des étudiants, illustre cette logique. Fondée en 2012, elle est passée par l'incubateur parisien Créanova et s’étend actuellement à l'international grâce au French Tech Hub. Elle a déplacé son siège aux Etats-Unis pour mieux piloter son expansion, et l'activité française se poursuit via une filiale. Sur 12 salariés, «nous avons créé sept emplois en CDI en six mois en France et nous projetons de doubler cela d'ici la fin 2014», précise à 20 Minutes son CEO, Pierre-François Verley. Il rappelle que l'antenne française «est soumise à l’impôt sur les sociétés et aux cotisations patronales» et ne cherche pas à échapper au Fisc.

Un projet «franco-français»

Frédéric Stemmelin, président de la Chambre de commerce franco-américaine de San Francisco, reste toutefois dubitatif. Selon lui, ce projet, essentiellement financé par des fonds régionaux publics, reste trop «franco-français pour permettre à nos entrepreneurs de jouer dans la cour des grands». Il rappelle qu'il existe déjà plusieurs incubateurs privés, comme l'Orange Fab et ceux aidés par la Chambre, qui favorisent une mentalité internationale. Les incubateurs américains, comme Y Combinator, ouvrent par ailleurs leurs portes à des startups de tous les pays. «Venir dans la Silicon Valley, c'est avant tout pour accéder aux investisseurs US et aux meilleurs talents du monde entier», conclut-il.

Pierre-François Verley acquiesce mais estime que le French Tech Hub remplit ce rôle avec un accent mis sur le networking américain. Talentoday a levé 650.000 dollars de capitaux, dont 450.000 dollars auprès de «venture capitalists» (capital risque, ndr) et de «business angels» californiens. Selon lui, toutes les initiatives, publiques comme privées, sont nécessaires. Fleur Pellerin, la ministre déléguée à l'Innovation et de l'Economie numérique, veut en effet transformer la France en «startup république». La réalité, c'est que notre pays a du retard: il ne compte que 11 entreprises cotées au Nasdaq, l'indice des valeurs technologiques, contre 69 à Israël, la «startup nation».