Quel avenir pour la Wii U?

Philippe Berry

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La Wii U de Nintendo.
La Wii U de Nintendo. — Nintendo

Les trimestres se suivent et se ressemblent pour Nintendo. Mercredi, le retour dans le vert du constructeur, notamment dû à la faiblesse du yen et à la bonne performance de la 3DS, a été éclipsé par les ventes catastrophiques de Wii U. A tel point que l'avenir de la console, qui devra affronter l'arrivée de la Playstation 4 et de la Xbox One fin 2013, s'assombrit un peu plus.

Les chiffres

160.000. Non, il ne manque pas un zéro. Au dernier trimestre (avril-juin), Nintendo n'a écoulé que 160.000 Wii U dans le monde entier, pour un parc installé de 3,61 millions de consoles. En clair, après un lancement honnête, fin 2012, Nintendo fait du surplace. Le constructeur, qui misait sur 5,5 millions de ventes pour la fin avril, maintient pourtant son objectif de 9 millions d'ici mars 2014.

Les explications

«Nintendo a un problème de jeux», constate Brian Blau, analyste chez Gartner. La sortie de «Pimkin», salué par la critique, est le seul rayon de soleil d'un été bien terne. Le constructeur «a besoin du soutien des éditeurs tiers, mais c'est compliqué avec le parc de consoles actuel», estime-t-il. Electronic Arts a déjà choisi de faire l'impasse sur la Wii U, Ubisoft a revu ses ambitions à la baisse après la contre-performance de ZombiU, et hormis des portages paresseux, personne ne se bouscule au portillon. En interne, Nintendo va proposer un nouveau «Donkey Kong», «Super Mario 3D World», «Mario Kart», «Smash Bros» et «Zelda: The Wind Waker HD». Qu'un remake soit attendu comme le messie en dit long sur le problème du Japonais. Pourquoi Nintendo ne réussit pas à reproduire le succès casual de la Wii? Car les joueurs occasionnels sont partis vers d'autres horizons, notamment du côté des jeux sociaux et mobiles, et que le système de double-écran de la Wii U n'a pas vraiment d'attrait immédiat. Sans parler du jeu online et des services connectés, loin derrière ceux de Microsoft et de Sony.

Les scénarios

La baisse de prix. Officiellement, la firme de Kyoto n'y songe pas, avec une console toujours calée à 349 euros pour le pack premium. Mais avec l'arrivée d'une Playstation 4 à 399 euros, Nintendo n'aura pas le choix. «Il va devoir se différentier par le prix», spécule l'analyste. Sauf que des revendeurs ont déjà testé cette approche, sans succès. Au Royaume-Uni, la chaîne de supermarchés Asda a cassé les prix pour écouler ses stocks avant d'annoncer que la Wii U ne serait plus vendue en boutique –mais simplement en ligne.

Sortir sa prochaine console plus tôt. Brian Blau n'y croit pas. Il le rappelle, «développer une nouvelle console demander des investissements lourds». Un cycle plus court, de quatre ou cinq ans, comme la GameCube en son temps, reste possible, mais Nintendo va d'abord «essayer de booster son offre de contenus».

Se retirer du marché des consoles de salon. C'est le «scénario Dreamcast», qui verrait Nintendo devenir un éditeur publiant sur jeux sur les plateformes de ses ex-concurrents. Mais avec 10 milliards de dollars en réserve dans ses coffres, Nintendo a de quoi faire le dos rond. Quitte à se concentrer sur la 3DS en attendant des jours meilleurs.