Apple sur le banc des accusés pour entente sur le prix des livres numériques

JUSTICE Le groupe informatique est accusé de s'être entendu avec cinq grandes maisons d'édition pour relever les prix des livres électroniques…

Joel Metreau

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Ouverture de l'Apple Store de Lyon.
Ouverture de l'Apple Store de Lyon. — FAYOLLE PASCAL/SIPA

Le groupe informatique Apple comparaît lundi à New York devant la justice, accusé de s'être entendu avec cinq grandes maisons d'édition aux Etats-Unis pour relever les prix des livres électroniques au détriment des consommateurs. Les audiences doivent s'étaler sur trois semaines, avec des plaidoiries finales programmées le 20 juin.

Les éditeurs, dont le Français Hachette, ont versé des amendes

Le groupe à la pomme est seul à répondre de ses actes devant la justice, les cinq éditeurs impliqués ayant préféré passer un accord amiable avec les autorités. Le Français Hachette, les Américains HarperCollins (groupe News Corp) et Simon and Schuster (CBS), le Britannique Penguin (Pearson) et une filiale de l'Allemand Bertelsmann, Macmillan, ont tous accepté de modifier leurs pratiques et de verser au total quelque 170 millions de dollars d'amende et de dédommagements pour les consommateurs lésés.

Apple est accusé par le ministère américain de la Justice et plusieurs Etats américains d'avoir joué un rôle central de coordination dans une entente avec les éditeurs en vue d'augmenter le prix des livres électroniques lorsqu'il préparait le lancement en 2010 de sa tablette informatique iPad. Le marché était à l'époque dominé par Amazon et sa liseuse Kindle, lancée en 2007. Mais le distributeur en ligne avait plus ou moins imposé un prix de vente au détail de 9,99 dollars, jugé trop bas par les éditeurs. Ces derniers craignaient que cela ne nuise à long terme à leurs bénéfices, y compris en entraînant par contagion une baisse des tarifs pour les livres imprimés.

Les prix des livres électroniques auraient grimpé

Selon l'accusation, l'entente impliquant notamment Apple a obligé les consommateurs américains à payer «des dizaines de millions de dollars de plus» pour leurs livres électroniques, en faisant grimper les prix à des niveaux situés entre 12,99 et 14,99 dollars.

Les détaillants comme Amazon, qui payaient jusqu'alors un prix de gros aux éditeurs et choisissaient librement celui de revente au détail, se sont en effet vu imposer un nouveau modèle: en coordination avec Apple, les éditeurs ont tous en même temps décidé de fixer les prix eux-mêmes et de reverser une commission aux revendeurs -30% dans le cas d'Apple.

L'accusation entend démontrer qu'Apple savait pertinemment que les acheteurs seraient lésés. Parmi les éléments versés au dossier figure un message aux éditeurs de son ex-patron, Steve Jobs, où celui-ci évoque «un modèle (...) où vous fixez le prix et où nous avons nos 30%, et où, oui, le consommateur paye un peu plus».

Apple va «se battre», selon Tim Cook

Le successeur de Steve Jobs, Tim Cook, a encore assuré la semaine dernière que son groupe n'avait «rien fait de mal» et comptait «se battre».

Dans un document résumant sa défense et transmis à la justice le 16 mai, Apple évoque des «conclusions déraisonnables à partir d'un patchwork de preuves ambiguës». Il affirme avoir agi «de manière indépendante» et avoir même œuvré en faveur de la concurrence, en étant le premier à remettre vraiment en cause la position dominante d'Amazon.