Michel Gensollen: «Une généralisation des plate-formes d’échanges»

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Plus de 37.000 noms de domaine .fr ont été validés par l'Association française pour le nommage internet en coopération (Afnic) quatre jours après le lancement de l'opération qui permet désormais aux particuliers de détenir un nom de domaine en propre.
Plus de 37.000 noms de domaine .fr ont été validés par l'Association française pour le nommage internet en coopération (Afnic) quatre jours après le lancement de l'opération qui permet désormais aux particuliers de détenir un nom de domaine en propre. — François Guillot AFP/Archives

Interview de Michel Gensollen, économiste spécialiste du web 2.0, éditeur de la revue économie politique « Marché en ligne et communauté d’agents » en 2003

Quelle est votre définition du Web 2.0 ?

Le terme « web 2.0 » est un coup de pub, un mot lancé récemment derrière lequel existe néanmoins un phénomène qui émerge depuis plusieurs années. Il s’agit d’une évolution de l’utilisation d’Internet. Au début, nous pensions que le changement viendrait des entreprises, via un développement de ses services. Or, nous nous sommes aperçus que le changement, que nous situons autour de l’an 2000, est venu des internautes avec l’intensification de leurs échanges. L’internaute est aujourd’hui au centre des échanges, à la fois récepteur et émetteur de fichiers, d’opinion… Par sa nouvelle utilisation d’Internet, il a contribué à un changement économique : les sites se sont mis à développer des interactions.

Récemment, Google a racheté YouTube, une des stars du Web 2.0, 1,65 milliards de dollars. Craignez-vous un emballement comparable à celui de la bulle en 2000 ?

Il y a effectivement un phénomène de mode mais rien de comparable avec la bulle d’alors. Concernant YouTube, l’avenir dira si cet achat était une bonne opération.

Les leçons de l’éclatement de la bulle ont donc été tirées…

Oui. Le Web 2.0 a généré de nouveaux modèles économiques. Avant, il s’agissait d’une transposition du modèle économique réel à l’Internet. C’est-à-dire que l’on proposait sur le Net tout ce qu’on trouvait dans la réalité : par exemple, le site d’un journal proposait les mêmes pages, le site d’un commerce proposait ses produits… Or ce modèle s’est avéré ne pas être gagnant : on achète dans la réalité, pas sur l’Internet. Le modèle d’aujourd’hui fournit les moyens qui vont permettre l’achat grâce à une valeur ajoutée. Les sites de références dans ce domaine sont Amazon.fr et la Fnac car ils proposent une symbiose des deux modèles : ils conservent la finalité de l’achat tout en proposant des « méta-informations ». Par exemple, pour un DVD, l’internaute a accès à un grand nombre de critiques qui vont inciter, ou non, à l’achat.

Quelle évolution voyez-vous pour le Web ? Les géants, comme Google, vont-ils pouvoir suivre ?

Google se demande actuellement s’il va pouvoir combiner son activité de moteur de recherche et son entrée dans la « folksonomy ». Cette dernière est la définition d’un nouveau type de classement incluant le «tagging» des internautes. L’enjeu pour le moteur de recherche est donc de poursuivre son « tagging » tout en prenant en compte celui des internautes. Nous allons observer une généralisation des sites offrant une plateforme d’échanges entre consommateurs. Les problèmes qui vont se poser, qui se posent déjà, sont les droits d’auteur, la censure et l’organisation économique de ces échanges.

Recueilli par Sandrine Cochard

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