Publicité et vie privée, la face cachée de Facebook Home

WEB La nouvelle expérience plaçant Facebook au cœur du système Android soulève de nombreuses questions...

Philippe Berry

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Mark Zuckerberg présente Facebook Home, le 4 avril 2013, à Menlo Park, en Californie.
Mark Zuckerberg présente Facebook Home, le 4 avril 2013, à Menlo Park, en Californie. — R.GALBRAITH/REUTERS

De notre correspondant en Californie

Facebook Home n'est pas un smartphone. Ni un OS mobile. Et pas vraiment une simple application. Dévoilé jeudi par Mark Zuckerberg, il s'agit d'une seconde peau qui transforme le visage d'Android et place les services et les flux Facebook au cœur de l'OS de Google. Home sera disponible à partir du 12 avril en téléchargement sur une demi-douzaines de smartphones récents, ainsi que sur le HTC First, un appareil de milieu de gamme qui sera disponible cet été en France. Si les experts sont dubitatifs quant à l'attrait de l'expérience pour le consommateur, les chevaliers de la vie privée s'alarment déjà des dérives potentielles. Le point.

>> Comment fonctionne Facebook Home? La présentation ici

Home, dangereux pour la vie privée?

C'est encore assez flou. Facebook va mettre à jour sa charte pour y inclure Home et les experts en sont réduits aux spéculations. Jeudi, Mark Zuckerberg a expliqué que l'entreprise «collecterait des données liées à l'usage» de l'utilisateur et qu'elles seraient «anonymisées après une courte période». Om Malik s'est fendu d'un long billet s'alarmant des dérives possibles grâce à la géolocalisation. Facebook assure toutefois à Mashable qu'il ne suivra pas le GPS passivement à tout instant et qu'il interceptera pas les données des autres apps, comme Foursquare, même si elles sont lancées depuis Home. En revanche, avec la messagerie unifiant les SMS, le chat Facebook et la VoIP, l'entreprise devrait avoir accès à un trésor d'informations. Il est peu probable que Mark Zuckerberg s'amuse à analyser les conversations. Mais savoir qui nous contactons, avec quelle fréquence, permet d'étoffer le «graphe social» du réseau.

Facebook, présumé coupable

«Facebook a un lourd passif sur la vie privée», estime l'activiste de l'Electronic Frontier Fondation Parker Higgins. En général, l'entreprise franchit la ligne jaune en poussant l'utilisateur à partager plus que ce dont il a conscience, Mark Zuckerberg s'excuse pour les écarts les plus graves... Et recommence quelques mois plus tard. «On ne sait pas encore exactement à quelles données seront interceptées par cette couche intermédiaire mais cela vaut la peine de surveiller la situation de près», conclut Higgins.

Et Google?

Que ces données soient moissonnées par Google, Facebook ou les deux, change-t-il vraiment la donne? Big G a reçu autant de cartons jaunes que son concurrent sur la vie privée. Parker Higgins voit cependant une différence: «En plus de ces nouvelles données, Facebook a déjà accès à des informations personnelles sur les centres d'intérêt de l'utilisateur et sur ses relations avec les autres membres de son réseau». Sa crainte, c'est qu'en combinant les deux fronts (graphe social et données locales du téléphone), Facebook en sache vraiment trop.

La publicité sera intégrée à Facebook Home

Pour l'instant, Home échappe à la pub mais cela ne va pas durer. Mark Zuckerberg a déjà indiqué que l'interface CoverFeed accueillerait à terme des réclames (ou des posts sponsorisés). Il s'agit du cœur de Home, qui remplace la grille d'apps sur l'écran du téléphone par des photos et des flux Facebook (une sorte de newsfeed ultra visuel). C'est ce que l'utilisateur voit dès qu'il réveille son smartphone.

Vie privée et publicité vs services: donnant donnant

Facebook et Google sont des sociétés commerciales et cotées en Bourse, qui proposent des services gratuits financés par la publicité. Mais résumer la relation avec l'utilisateur par le dicton «quand vous ne payez pas pour un service, vous êtes le produit» est réducteur, selon l'expert. «C'est donnant donnant. Dans certains cas, cela leur permet de proposer des fonctions utiles», relève-t-il. Le grand défi actuel, c'est celui de la «contextualisation de l'information» avec l'émergence d'assistants personnels (Google Now, Siri etc.). Pour devenir plus intelligents, ils ont besoin de se brancher sur ces données. Au final, ce qui compte vraiment, «c'est la transparence», estime Wiggins. «Il faut que l'utilisateur sache quel type de contrat il signe.»

Ce que Facebook, Google, Apple, Amazon ou Microsoft font de vos données vous inquiète-t-il? Dites-le nous ci-dessous.