Une journaliste dans la nébuleuse des hackers

Joël Métreau

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La journaliste Amaelle Guiton.
La journaliste Amaelle Guiton. — Pierre Le Bruchec

Les «hackers» ont une mauvaise image auprès du grand public. Des visages juste illuminés par l'écran d'un PC? Des autistes malfaisants tapis derrière leurs ordinateurs? «Je me suis simplement connectée à des serveurs d’Anonymous pour poser des questions en tant que journaliste, raconte Amaelle Guitton, animatrice du «7/8», la matinale du Mouv'. Il y a eu un peu de méfiance, pas d'hostilité, mais des gens qui voulaient raconter ce qu'ils faisaient. Puis j'ai assisté à des conférences...» La mauvaise réputation du hacker vient de ce qu'il est confondu avec des affaires de piratage informatique. «C'est peut-être aussi une histoire de générations. Pour les plus âgés, la technologie apparaît mystérieuse et opaque», raconte la journaliste, qui a consigné son enquête dans Hackers: au cœur de la résistance numérique (Au Diable Vauvert, 17 euros), qui paraît ce jeudi.

Un bidouilleur d'abord

Le hacker, c'est d'abord un bidouilleur, dans la lignée des étudiants de l'Institut de technologie du Massachusetts (M.I.T en anglais) à partir des années 1950. «C'est là que s’est élaborée l’éthique des hackers: l’idée de la décentralisation et de la distribution du pouvoir», précise Amaelle Guitton. En 1984, ces principes sont couchés sur papier par Steven Lévy dans son ouvrage L'Ethique des hackers (réédité en France chez Globe). Parmi ces idées, celle que l'information doit circuler librement. Pour Amalle Guitton, la plus grande réalisation des hackers, c'est justement «Internet, dans sa structure décentralisée».
 
De Captain Crunch à Julien Assange
Aux Etats-Unis, le hacker a aussi pour figure légendaire John Draper, alias Captain Crunch, qui avait réussi à utiliser un sifflet dans un paquet de céréales pour téléphoner gratuitement. Car le hacker détourne un objet de son usage en cherchant à comprendre comment il fonctionne, avec «une dimension ludique et d'auto-apprentissage». Plus sérieusement, certains hackers ont désormais investi le champ politique, demandant par exemple le droit de surfer sans laisser de trace, au nom de la vie privée. «Avec Wikileaks et Julien Assange en 2010, les gens qui sortent des documents confidentiels, ce ne sont plus des journalistes, mais des hackers.» Puis la nébuleuse Anonymous, «une nouvelle forme d'organisation à géométrie variable» et aux actions spectaculaires.
 
En France, Télécomix, La Quadrature du Net
En France, pas d'organisme officiel, mais des mouvances souples: des hackerspaces, ces lieux de rencontre et de sociabilisation, des associations qui travaillent par exemple sur le logiciel libre. «La Quadrature du Net se réclame de l'esprit hacker, mais il existe une myriade de petits groupes, comme Telecomix. Entre eux, beaucoup d'échanges, qui mènent à une élaboration permanente et intéressante.»