Rouen: Enquête sur la mort d'un Guinéen agressé vendredi, un «acte raciste» selon ses proches

MEURTRE De nombreux politiques ont réagi

J.-L. D. avec AFP

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La police. (illustration)
La police. (illustration) — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Une enquête a été ouverte après la mort d’un jeune universitaire guinéen, Mamoudou Barry, violemment agressé vendredi soir près de Rouen, a-t-on appris ce dimanche de sources concordantes.

« Tout est mis en œuvre pour identifier et interpeller l’auteur de l'agression (…) Il appartiendra à la Justice de faire toute la lumière sur cet acte odieux », a écrit sur Twitter le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner. « Mes premières pensées vont à ses proches dont je partage l’émotion et l’indignation ».

Hospitalisé au CHU de Rouen

De sources policières, Mamoudou Barry a été agressé à Canteleu, dans la banlieue de Rouen, alors qu’il rentrait chez lui en voiture avec son épouse. Pris en charge par les secours, il a été hospitalisé au CHU de Rouen, où il est mort samedi.

« Les faits auraient été commis entre 20h et 21h, sous réserve du résultat des investigations à venir », a indiqué le procureur de Rouen, Pascal Prache, dans un message.

Des lésions cérébrales et un coma profond dès son agression

« Les investigations sont en cours. Les auditions et vérifications devraient permettre de préciser le déroulement des faits », a-t-il ajouté sans plus de précision. Mamoudou Barry était chercheur à l’université de Rouen-Normandie, a-t-on appris auprès de l’établissement.

Il avait soutenu une thèse de droit sur les « Politiques fiscales et douanières en matière d’investissements étrangers en Afrique francophone » le 27 juin dernier à Rouen, selon le site de l’université.

Âgé de 31 ans, marié et père d’une fille, il a été « victime d’une agression verbale puis physique d’une extrême violence qui lui ont causé des lésions cérébrales et l’ont mis dans un coma profond dès la soirée du 19 juillet », est-il précisé de même source.

Un acte raciste ?

« L’agresseur les a pointés du doigt et a dit : “Vous les sales Noirs, on va vous niquer ce soir” », a relaté Kalil Aissata Kéita, ami proche de la victime, alors que l'Algérie et le Sénégal s’affrontaient le soir même en finale de la Coupe d'Afrique des Nations de football.

L’agresseur était « de type maghrébin », mais « on ne sait pas si c’est un Algérien », a précisé Kalil Aissata Kéita, qui a néanmoins parlé d’une « agression raciste ». Mamoudou Barry serait descendu de sa voiture pour demander des explications à son agresseur, qui l’aurait alors roué de coups. « C’est au quatrième coup qu’il est tombé sur la nuque », a indiqué Kalil Aissata Kéita, qui a raconté avoir été aussitôt appelé par la femme de la victime.

L’agression a, selon lui, été filmée par des caméras de vidéosurveillance et s’est déroulée devant plusieurs témoins. « La police fait très bien son travail. Elle a pris l’affaire à bras-le-corps », a-t-il salué. Il a ouvert une cagnotte en ligne avec des amis pour aider au rapatriement du corps de Mamoudou Barry en Guinée et « accompagner sa femme et sa fille ».

Hommage et intervention politique

« Débordant de projets, Mamoudou Barry forçait, par son travail, l’admiration de ses collègues et de ses étudiants », a réagi Joël Alexandre, président de l’université de Rouen-Normandie, dans un communiqué. « Nous souhaitons que toute la lumière soit faite sur les circonstances du drame ».

La classe politique dans son ensemble a condamné le crime. « L’enquête doit nous apporter toutes les réponses et mettre ses agresseurs face à leurs responsabilités. Nous le devons à sa femme et son enfant », a commenté sur Twitter la députée LREM de Paris Laetitia Avia, elle-même cible constante de propos racistes sur les réseaux sociaux.

« Le racisme à en pleurer. Une femme, une fille dévorées par le chagrin parce que la vie de celui qu’elles aimaient a rencontré un abruti », s’est indigné pour sa part sur Twitter le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure.

LR et RN dénoncent le silence des médias

Le député LR Éric Ciotti a également réagi sur Twitter, accusant « des supporters algériens » alors que les témoins ne parlent pour l’heure que d’un seul agresseur et que l’enquête policière est en cours.

Même son de cloche pour Julien Odoul, membre du bureau national du RN, qui a fustigé les médias :